Ford traverse une nouvelle zone de turbulence avec son modèle phare. Déjà engagé dans une course contre la montre pour combler un déficit massif de 60 000 unités de son F-150 — conséquence d'un incendie chez son fournisseur d’aluminium Novelis l'an dernier —, le constructeur a été contraint de suspendre temporairement ses chaînes de montage à l'usine de camions de Dearborn, au Michigan.
Cette fois, le coupable n’est ni une pénurie d’aluminium ou de puces électroniques ni un problème de batterie, mais un moule industriel lourd défectueux. Il s’agit d’une matrice conçue sur mesure qui sert à emboutir les capots en aluminium du camion.
La panne mécanique est survenue à l'usine de pressage voisine, la Dearborn Stamping Plant, où de gigantesques presses appliquent des centaines de tonnes de pression pour façonner les panneaux de carrosserie. Ces matrices industrielles étant des outils hautement spécialisés et fabriqués sur commande, elles ne disposent d'aucune pièce de rechange prête à l'emploi et coûtent une fortune à réparer ou à remplacer.
Pas de capots, pas de camions
Face à cette panne, Ford a préféré mettre à l'arrêt l'ensemble de la chaîne plutôt que d'assembler des camions incomplets sans capot. Une telle option aurait entraîné un véritable cauchemar logistique, nécessitant d'immenses espaces de stockage, perturbant le flux de l'usine et risquant de causer des écarts de teinte de peinture.
Cette interruption a forcé un arrêt complet de la production la semaine dernière, du jeudi soir jusqu'au weekend. Combinées au congé de la Memorial Day, les chaînes sont restées immobiles pendant quatre jours complets. Pour une usine tournant à plein régime avec deux quarts de travail de 10 heures par jour, cette brève paralysie se traduit par une perte estimée à plus de 2500 camions supplémentaires.
Quarts de travail additionnels
Pour limiter les dégâts et atteindre son objectif de gonfler la production de la Série F de 50 000 unités d'ici la fin de l'année 2026, Ford déploie des mesures d'urgence agressives. L'entreprise a déjà ajouté des quarts de travail et embauché du personnel de soutien, et elle envisage une décision sans précédent : annuler les fermetures estivales traditionnelles dans certaines de ses usines de camions. Cette stratégie pourrait permettre de récupérer 50 000 unités par an.
Ford prévoit également de transférer la production des modèles Super Duty à l'usine d'Oakville, en Ontario, plus tard cette année, afin de soulager ses installations américaines sous pression.
Non sans risque
Pousser des chaînes de montage jusqu'à leurs extrêmes limites physiques comporte toutefois un risque, car cela augmente la probabilité de voir surgir des problèmes de contrôle qualité et des pannes mécaniques. Il s'agit bien sûr d'une source d'inquiétude majeure pour un constructeur automobile qui a déjà fait face à un nombre record de rappels en 2025.
Pendant ce temps, alors que l'approvisionnement du F-150 affiche toujours un recul critique de plus de 40 %, les rivaux de Detroit comptent bien en profiter. General Motors augmente activement sa production de camionnettes et réaffecte les stocks destinés au Moyen-Orient vers le marché américain. De son côté, Ram (propriété de Stellantis) ne rencontre aucun goulot d'étranglement logistique et s'apprête également à accélérer la cadence.