Notre correspondant intrépide d’Auto123 a fait le tour de la Croatie en Toyota C-HR, en version hybride rechargeable. Voici le deuxième volet de son essai.
Voir : Tourisme automobile : La Croatie en C-HR ma chère ! (première partie)
Après s’être consolé d’avoir raté le Grossglockner et après avoir exploré Ljubljana en Slovénie, nous débouchons enfin en Croatie au volant de notre Toyota C-HR GR PHEV.
L’attraction
Pour notre première escale en Croatie, nous avions décidé à l’avance de l’étirer sur trois nuits quand nous avons appris le surnom d’Opatija : la perle de l’Adriatique. Dès 1885, des visionnaires ont commencé à aménager la Promenade François-Joseph 1er, alors que la ville était chouchoutée par l’élite austro-hongroise. Long de 12 km, ce chemin dallé épouse les sinuosités du littoral. Le jour comme le soir, piqué de réverbères romantiques, la magie opère.
D’un côté du sentier, les flots bleus lèchent les marches des nombreuses criques où l’on fait trempette depuis des lunes, où dodeline le mât d’un joli voilier et où, bien sûr, la Jeune fille à la mouette se dresse sur son rocher, symbole de la ville, sans doute cousine germaine de la Petite Sirène danoise.
De l’autre côté se tiennent les murs nobles de villas centenaires et d’hôtels historiques, se dévoilent des passages presque secrets qui mènent, entre autres, aux plantes exotiques du Parc Angiolina, ou, bonheur plus rafraîchissant, jusqu’au marchand de glaces.
À la différence des paillettes de la Croisette cannoise ou de la cartésienne Promenade des Anglais de Nice, le sentier côtier d’Opatija dégage une atmosphère surannée et chaleureuse. Paisible aussi. Car contrairement à la Côte d’Azur qui avoisine une circulation automobile bruyante, la riviera croate déconnecte les marcheurs de la frénésie moderne. Un temps béni pendant lequel le C-HR n’a pas bougé d’un poil.
Il a repris du service – et comment donc ! – quand ma sœur, qui vit en Suède depuis plus de 40 ans, et son scandinave de mari ont débarqué. Après les avoir initiés aux charmes du Lungomare (le nom familier de la fameuse promenade), nous nous sommes mis en route pour les lacs de Plitvice, une autre destination prometteuse.
Les messieurs ont pris place à l’avant, dans des baquets confortables, les dames sur la banquette 60/40. Rien de machiste, je vous le jure, juste le gros bon sens puisque le beau-frère mesure 1,87 mètres.
Même si j’avais prévenu mes invités d’éviter les valises à coquille rigide, j’ai dû appuyer à fond sur le hayon avant d’entendre le clic rassurant du système de fermeture du coffre. Finalement, les 310 litres de chargement du C-HR GR PHEV ont rempli leur mission, non sans avoir stratégiquement décidé que des bagages allaient servir d’accoudoir central à nos compagnes.
C’aurait été plus simple avec le C-HR unifolié. On l’a vu, il est plus long. Son hayon est également moins anguleux et sa batterie, pourtant beaucoup plus grosse (77 kWh vs 13,6 kWh), est étalée sous le plancher, tandis que celle de l’hybride rechargeable gruge l’espace de la soute. Pour tout dire, le C-HR 100% électrique offre derrière la banquette un volume de 720 litres (plus du double) et une contenance totale (dossier couché) incomparable : 1685 litres vs 1160 litres.
La perfection
Environ 160 km séparent Opatija de Plitvice, le plus grand (300 km2) et le plus ancien parc national de Croatie, désigné patrimoine mondial par l’UNESCO en 1979.
Malgré son chargement maximal, le C-HR grimpe la corniche maritime sans regimber, délaisse la côte et s’attaque à des lacets montagneux où les disques à freinage régénératif s’acquittent correctement de leur tâche (la régénération du C-HR électrique est ajustable grâce à des palettes au volant). Après le plateau de Gorski Kotar, le « poumon vert » de la Croatie planté de sapins et de vallées verdoyantes, des villages isolés et des murets de pierre émergent de la prairie. Enfin, l’apparition d’une roche blanche à ras le sol (affleurante comme les poignées du C-HR PHEV, une touche esthétique ignorée chez nous à cause de nos matins givrés) annonce le début du parc.
La féérie de ce parc unique repose en grande partie sur une réaction chimique dans l’eau entre des minéraux et la végétation microscopique qui se transforme en travertin (ou tuf), une pierre calcaire poreuse connue depuis l’antiquité (le Colisée de Rome). À Plitvice, ce travertin a dessiné 16 lacs aux fascinantes couleurs turquoise et émeraude qui s’abreuvent les uns aux autres grâce à 92 cascades, dont la plus haute (78 mètres) de Croatie.
On ne peut s’y baigner (pour protéger la délicate formation des travertins) mais on peut y marcher à satiété à l’année longue. Les visiteurs, munis d’un billet acheté longtemps à l’avance (pour limiter l’achalandage), choisissent parmi huit itinéraires distincts (entre 3,5 à 21 km) ponctués d’intermèdes en bateaux électriques.
L’eau est cristalline, des elfes habitent la forêt, les cascades scintillent, bref, je n’ai pas arrêté de dégainer mon iPhone pour immortaliser cette beauté sauvage à peine domestiquée.
Avec notre quota de Nature plein à ras bord, comme le C-HR, nous nous sentions d’attaque pour affronter Zagreb, la capitale de la Croatie.
L’humanisation
Sur un piédestal, fièrement d’aplomb sur son cheval, le comte Josip Jelačić, héros national qui a aboli le servage en 1848, paraît diriger le trafic de son sabre pointé. Depuis 1975, les édiles municipaux lui ont facilité le travail en transformant le cœur de Zagreb en une immense zone piétonnière. Seuls y circulent des tramways bleus, à vitesse de tortue, pour épargner les touristes qui jouent à la marelle sur le faisceau de rails.
Cette place centrale pensée pour les humains avant les machines (désolé C-HR mais te voilà de nouveau confiné) résume bien l’ambiance. Les bâtiments sont moins élégants qu’à Vienne mais le temps s’égrène plus lentement. Nous le ressentons encore plus en pénétrant à pied dans la ville un jour de marathon. Les rues devenues le terrain de jeu exclusif des athlètes, l’échelle humaine de Zagreb s’en est trouvée magnifiée.
De la statue du comte s’élancent des avenues tentaculaires vers la Ville Haute et la Ville Basse, les deux sections historiques à explorer : le toit patriotique de l’église St-Marc dont les tuiles tracent des armoiries, les récits et les objets du Musée des relations rompues dédié aux histoires d’amour qui ont mal fini, les sept espaces verts en forme de fer à cheval, le marché de Dolac, le « ventre de Zagreb », hérissé de parasols rouges et, bien sûr, des dizaines et des dizaines de cafés où visiteurs et Zagrébois prennent le temps de souffler.
Les avenues où l’auto est tolérée sont bordées de bureaux, de boutiques, d’appartements. Mais comment y accéder ne serait-ce que dix minutes, le temps de ramasser ses souliers chez le cordonnier ou de déposer tante Irma et ses valises ? Impossible le long des trottoirs car les tramways roulent à côté. Une seule solution : s’immobiliser au beau milieu de la rue et, feux d’urgence activés, déverser les passagers, à leurs risques et périls.
La fascination
Notre périple s’achève. Avant notre retour à la case départ de Vienne, nous passons 24 heures à Graz, deuxième ville en importance d’Autriche et énième centre historique louangé par l’UNESCO. Je pourrais m’étendre sur les 260 marches taillées dans le roc que nous avons gravies (à d’autres le funiculaire, non pas parce qu’il date de 1894 mais parce que faire bombance dans les restos exige en contrepartie une certaine auto-flagellation) pour atteindre les terrasses du Schlossberg, la forteresse qui surplombe la vieille ville. Je ne peux taire la terreur que j’ai ressenti en étant assez fou pour redescendre via The Slide, le plus long toboggan souterrain du monde où, assis sur un bout de tissu, tu dévales à 35 km/h un tube métallique qui serpente dans un noir absolu pendant une durée proche de l’éternité.
Je tiens surtout à confesser ma fascination pour un autre type de souterrain : les rampes hélicoïdales qui relient les paliers des stationnements intérieurs. Quand j’en vois une, c’est plus fort que moi, faut que je l’essaye ! Oui, j’ai trop vu de poursuites hollywoodiennes…
Je venais de trouver l’espace réservé pour le C-HR sur le premier étage du stationnement. Je n’avais qu’à me garer et commencer la découverte de Graz. C’est là que j’ai aperçu la rampe d’accès. J’ai succombé.
J’ai placé le museau du C-HR là où mon expérience me le conseillait pour amorcer la montée. J’ai cependant compris que je n’atteindrais pas l’étage supérieur à une vitesse supersonique parce que les mensurations du PHEV et celles de la rampe partageaient un peu trop de similitudes. Mes pieds allaient devoir démontrer du doigté. C’était sans compter sur les aides à la conduite de l’ensemble de sécurité Toyota Safety Sense 3.0.
Dès qu’un coin de l’auto s’approchait trop près du muret, soit le C-HR freinait sec, soit il émettait un carillon d’avertissement agréable comme un traitement de canal, soit il combinait les deux. Mais je n’avais pas le choix de compter sur eux parce que la coque sportive du C-HR rend invisibles les quatre coins de l’auto. On suppose leur présence, on devine le reste. Sans rien désamorcer, c’est dans un affreux mélange de doutes, d’arrêts brusques, d’avancées à coup de millimètres et d’alertes sonores stridentes que j’ai fini, une dizaine de minutes plus tard, par atteindre le second étage.
Il était vide, excepté des vélos et des motos…
Partagé entre le fou rire et la consternation, j’ai eu tout l’espace du monde pour exécuter un demi-tour et entreprendre de redescendre cette rampe infernale. Mais la fatigue, mes sens exacerbés, ma tête de pioche aussi, m’ont joué un sale tour : je voulais juste sortir de la trappe dans laquelle je m’étais fourré.
Je me suis engagé dans la courbe. Dans le rétroviseur, j’ai constaté l’espace qui séparait le damné muret de l’aile évasée du C-HR. J’aurais pu y glisser une feuille de papier, guère plus. J’en voulais aux designers de l’auto ! Je m’y suis repris maintes fois et toujours cet espace infinitésimal entre la réussite et la catastrophe. Puis, vidé, je me suis résolu à entendre l’horrible bruit de tôle qui frotte contre du béton. Au ralenti.
J’ai stationné le C-HR balafré là où j’aurais dû le faire depuis le début et j’ai mesuré les dégâts. Un job de peinture attendait l’aimable concessionnaire.
Morale : avant de dompter l’Everest, toujours s’assurer d’avoir le bon équipement et le bon état d’esprit.
Les mille et une tendres explications que m’a fournies ma douce durant le souper pour excuser ma maladresse entêtée ont réussi à ne pas (trop) assombrir la finale de notre riche aventure en Croatie.
Un pays à qui je souhaite un avenir aussi radieux que le présent qu’il propose à ses habitants et à ses visiteurs. Une nation à la fois traditionaliste et moderne, écolo et branchée. Ma foi, à l’image du Toyota C-HR. Que ce peuple résilient retienne la leçon de l’Histoire, et moi la mienne devant une rampe en colimaçon.