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Gilles Villeneuve: Quelques anecdotes de son agent, Gaston Parent

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Khatir Soltani
Les deux sont arrivés à Milan. « Un personnage nommé Mortara, un proche de M. Ferrari, nous a conduit à Modene. Nous sommes arrivés chez M. Ferrari. Une barrière s'est ouverte et nous avons pénétré sur le terrain. Nous sommes débarqués de la voiture et sommes entrés dans son bureau. C'était une grande salle avec des étagères remplies de trophées. Au centre, il n'y avait qu'une table bien ordinaire et cinq chaises. Une ampoule électrique pendait au-dessus de la table. On aurait dit que nous étions dans un vieux film italien. Enzo Ferrari est alors entré avec son traducteur et son comptable. Nous avons commencé à parler. Gilles était tellement obsédé par l'idée de conduire pour Ferrari qu'il aurait dit oui à tout. J'ai dû le calmer à plusieurs reprises ! »

Durant le vol entre Montréal et Milan, Villeneuve avait dit à Parent qu'il voulait avoir la permission de continuer à faire des activités risquées comme du ski, conduire son 4x4, du bateau et autres.

« J'ai dit à M. Ferrari que Gilles désirait être le propriétaire de son corps. Il faut croire que j'ai utilisé des mots inusités ! Car Ferrari m'a regardé et m'a demandé si j'étais un avocat. Je lui ai dit que non. Puis, il a demandé à Gilles s'il était un avocat. Non. Ferrari m'a demandé de répéter ma question, ce que j'ai fait en employant les mêmes mots. Et il a accepté. En fait, Ferrari a compris, par erreur, que Gilles voulait être le propriétaire de son corps, à vrai dire de sa combinaison de course ! Que Gilles voulait négocier ses propres contrats personnels. Ce n'est pas ce que nous avions en tête, mais que nous avons obtenu par erreur ! » de s'exclamer Parent.

Fait intéressant : aucun contrat n'a été signé. « Enzo Ferrari nous a montré un document qui était une lettre d'intention qui comportait 19 points et intitulée 'De par accord verbal'. Ferrari nous a expliqué que personne ne signait de contrat en Italie parce que le fisc exigeait que l'on mette en garantie le même montant qui était mentionné dans le contrat. Cela signifiait que si Ferrari engageait Villeneuve pour un million de dollars, Ferrari devait remettre un autre million au fisc. Et évidemment, Ferrari ne reverrait jamais cette somme. Mais en dépit des explications, je tenais à avoir un contrat. Enzo Ferrari m'a alors regardé doit dans les yeux et m'a dit 'Quand je donne ma parole, il n'y a pas de problème. Nous n'avons pas besoin de contrat...' Nous avons donc quitté le bureau avec cette lettre d'intention », de raconter Gaston Parent.

Ce dernier continue son récit. « Le jour suivant, Gilles a effectué des essais sur le circuit de Fiorano. Mauro Forghieri, le directeur technique, n'était pas convaincu des talents de metteur au point de Gilles. Au troisième tour lancé, Gilles a perdu le contrôle de la voiture et a effectué un tête-à-queue dans l'herbe longue. Il est vite revenu en piste et a terminé son tour. Après environ une heure d'essais, il avait brisé le record de piste. Discrètement, j'ai entendu Enzo Ferrari et ses partenaires d'affaires parler entre eux et dire ‘Il campion di mondo…’.

F1 Gilles Villeneuve Ferrari 312 T2 Fiorano
Gilles Villeneuve lors de son premier essai à bord de la Ferrari 312 T2 à Fiorano. (Photo Ferrari)

Le jour suivant, Gilles Villeneuve et Gaston Parent ont pu mesurer l'importance du nouveau statut du Québécois. Les deux amis devaient prendre l'avion pour retourner à Montréal. « Mais Alitalia était sous le coup d'une grève de son personnel depuis quelques jours. C'était un chaos total à l'aéroport de Milan. Au comptoir, on nous dit qu'il n'y a plus de places dans le prochain vol pour Montréal. J'ai demandé à voir le directeur des opérations et nous avons commencé à discuter. Soudain, il a vu Gilles qui tenait à la main son nouveau siège de course moulé. Il s'est écrié 'Villanova'! Il n'arrivait pas à croire qu'il avait devant lui le nouveau pilote Ferrari! Tout s'est instantanément arrangé et nous avons pu disposer de trois fauteuils en classe affaires: un pour Gilles, un pour moi et un autre pour le siège de Gilles! » de s'exclamer Parent.

À Maranello, patrie de Ferrari, Gilles était traité comme un roi. « En grand secret, Gilles a suivi des cours d'italien chez Berlitz. Un jour, il est arrivé chez Ferrari et a parlé italien avec ses mécaniciens et ingénieurs. Ils ont été extrêmement impressionnés. Quand il était en Italie, Gilles logeait à l'hôtel Fini à Modene. C'était la grande star. Il pouvait tout faire sur la route : des demi-tours, rouler dans les sens interdits et sur les trottoirs, tout ! C'était fou ! Un jour, il s'est fait arrêter par la police pour excès de vitesse. Il a fouillé dans son sac et en a ressorti six photos de lui. Il les a signées et les a remises au policier. Il s'en est tiré comme ça ! » de conclure Gaston Parent sur le phénomène Gilles Villeneuve.



Khatir Soltani
Khatir Soltani
Expert automobile
  • Plus de 8 ans d'expérience en tant qu’essayiste automobile
  • Plus de 50 essais réalisés au cours de la dernière année
  • Participation à des discussions avec la quasi-totalité des manufacturiers au Canada