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Mauvais karma

L'ironie de la situation ne m'échappe pas. Par ,

Après avoir dépensé une petite fortune sur mes deux voitures-projets, de véritables divas, j’ai dû encore une fois me rabattre sur ma minoune de 20 ans à l’épreuve de l’hiver.

Diva numéro 1 : une camionnette Dodge personnalisée baptisée « Mighty Dak » qui vient juste de subir une dispendieuse chirurgie afin de remplacer ses joints à rotule. Et elle attend pourtant patiemment dans son coin, chaque centimètre cube de son groupe motopropulseur soigneusement massé et caressé, ayant parcouru moins de 5000 tendres kilomètres, qu’on lui greffe un nouveau démarreur.

Je n’ai jamais calculé combien d’argent j’ai flambé pour ce monstre de 400 ch, car je redoute le cauchemar de culpabilité qui s’en suivrait.

Même si j’ai tripé à son volant en remettant les Honda à leur place sur la piste de drag et même en enflammant le bitume à Mosport un jour, pour les sommes que j’ai investies dans la Mighty Dak, j’aurais probablement pu m’acheter mon ultime voiture de rêve, une MX-5. Ou, pour me mettre dans la peau d’une adulte responsable pour une fois, une cuisine finie, des fenêtres qui ne datent pas d’un siècle ou une belle collection de RÉER florissants.

Ma petite diva japonaise, une Mazda MX-3 1992 ayant encaissé très peu de km, m’a offert d’innombrables moments de bonheur sur la piste, grâce à son agilité, sa légèreté et sa direction intuitive. Mais dans sa forme d’origine, son V6 de 130 ch super suave, mais quelque peu anémique « manquait de dynamisme » selon mon diplomatique instructeur de course automobile. Donc, plusieurs mois et milliers de dollars plus tard, mon charmant petit coupé s’est métamorphosé avec la greffe d’un guttural V6 JDM KLZE de 2,5 litres qui aime s’emballer.

Mon euphorie n’a pas duré longtemps : 500 km plus tard, le moteur s’est tristement mis à cogner. Et parce qu’elle était restée sur une palette pendant quelques mois, le temps que je déniche un distributeur (un bout d’équipement plutôt pointu qui intègre un démarreur, un vilebrequin et des capteurs de position de l’arbre à cames) et des ressorts de soupape de rechange pour empêcher les fameuses soupapes du KLZE de « flotter » au-delà de 7000 tours, vous l’avez deviné… la garantie ne s’appliquait plus. Là, je commençais à vraiment détester les autos en général.

Je la renvoie donc au garage pendant que j’essaie de trouver un nouveau moteur. Et évidemment, suite au tsunami dévastateur au Japon, le prix des pièces importées a grimpé en flèche. Or, voilà que je tombe sur un KLZE à environ 300 km d’ici pour le prix incroyable de 100 $ si je vais le chercher demain matin. Mon père en avait plein son casque de la collection disparate de voitures-projets de ses enfants qui traînait dans son garage, et elles devaient décoller de là cette semaine.

Bien entendu, ma camionnette chérie était à nouveau hors service. La bonne nouvelle? Le moteur avait été complètement démonté.

Je suis partie tôt le lendemain matin dans ma Mazda 323, un modèle à hayon disgracieux, mais immanquablement fiable qui m’avait coûté moins cher que le jeu de pneus de la Mighty Dak. Elle est peut-être laide, mais elle ne m’a jamais laissé tomber! Une fois, je l’ai retrouvée par son antenne après qu’une charrue l’ait enterrée sous une montagne de neige l’an dernier. J’ai déblayé juste assez pour ouvrir la portière et j’ai réussi tant bien que mal à me glisser derrière le volant. La Mazda s’est réveillée du premier coup, émergeant du banc de neige comme un ours de sa tanière au printemps. J’avoue que ses performances laissent plutôt à désirer, mais sa maniabilité, sa direction incroyable et sa nature communicative feraient honte à certains des modèles huppés que j’ai essayés dernièrement.

En rabattant les sièges, nous creusant les méninges et procédant de façon stratégique, nous avons réussi à farcir le coffre du moteur au complet, avec une tubulure de rechange et deux ensembles de culasses. Elle ne développe peut-être que 82 chevaux, mais cette Mazda a du cœur au ventre. Nous sommes rentrés à la maison sans heurt, même si nous avions l’air de vrais habitants.

Pour l’instant, ma minoune me charrie d’un bout à l’autre de Toronto chaque semaine pour passer chercher le dernier modèle d’essai qui m’attend. Elle ne fait pas très glamour, mais elle n’avale que 5,9 litres aux 100 kilomètres, et l’argent économisé en fait une petite machine séduisante.

Et évidemment, elle aide à payer pour les divas parasites!