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Fatigue au volant : nous sommes tous responsables

Lorsque différentes autorités à travers le pays nous transmettent des statistiques sur les principales causes d’accidents, il est facile pour une personne donnée de ne pas se sentir concernée.

Par exemple, quelqu’un pourra affirmer qu’il n’est pas à risque de provoquer un accident de la route, car il ne conduit JAMAIS alors qu’il est en état d’ébriété. Idem pour un individu qui a pris la bonne habitude de ranger son téléphone cellulaire chaque fois qu’il prend la route ; ça ne lui arrivera pas. Du moins, il ne serait pas responsable d’un accident causé par l’usage du cellulaire au volant.

Que les gens disent vrai ou non, le phénomène de la déresponsabilisation est symptomatique dans notre société ; bien souvent, ce n’est pas la faute de personne.

Cependant, un des facteurs déterminants dans un nombre croissant d’accidents de la route concerne un problème que personne ne peut fuir. Personne !

Il s’agit de la somnolence au volant. Car, à moins que vous soyez en train de lire ce billet dans une autre galaxie, nous sommes tous humains et nous avons tous besoin, à un moment donné ou à un autre, de sommeil.

Or, la conduite d’un véhicule routier et la fatigue ne font pas bon ménage. Et nous avons tous pris, un jour ou l’autre, les commandes d’un véhicule alors que nous étions fatigués.

Photo : FCA

Seulement, savez-vous à quel point cela représente un risque pour vous et pour les autres usagers de la route ? Savez-vous qu’après un certain nombre d’heures passées éveillées, nos réflexes au volant sont similaires à ceux que nous aurions en état d’ivresse ?

Pour en avoir le cœur net, nous sommes allés à la rencontre de Charles Morin qui a bien voulu répondre à nos questions sur le sujet. Ce dernier est professeur et chercheur à l’université Laval et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les troubles du sommeil. Cette sommité en matière de compréhension du processus du sommeil nous a livré des informations qui portent à réfléchir sérieusement.

Après en avoir pris connaissance, vous ne réagirez plus jamais de la même façon lorsque vous vous sentirez fatigué au moment de prendre le volant.

Photo : Honda

Question d’être clairs et concis, résumons la situation à travers quatre pôles ; la définition de la somnolence, personnes et groupes à risque, les symptômes et les pistes de solution.

1 — La somnolence

« La somnolence est une conséquence directe de la privation de sommeil », explique Charles Morin. Pour définir le phénomène, le professeur nous a partagé le résultat de différentes études ayant porté sur le phénomène. Voici quelques conclusions intéressantes.

—    Des études en laboratoire servent à déterminer le niveau de somnolence d’un individu. Ce dernier est appelé à réaliser cinq siestes de 20 minutes au cours d’une journée (intervalle de deux heures entre chacune). Les gens qui ne sont pas en privation de sommeil ne parviennent pas à s’endormir. Ceux qui dorment après cinq minutes le sont ; ces derniers sont des dangers sur la route.

—    Certaines personnes accumulent des dettes de sommeil, soit une suite de nuits trop courtes. Le danger accroît au fur et à mesure que cette dette devient plus importante.

—    Il est nécessaire de dormir au moins six heures par nuit. On se met à risque avec moins d’heures de sommeil.

Photo : Hyundai

2 – Les personnes ou groupes à risque

Il est évident que toute personne en privation de sommeil est à risque sur la route. Cependant, certains groupes sont plus sujets à la somnolence au volant que d’autres. Encore une fois, de façon simple et précise, voici quelques points qui résument la situation.

—    Les gens qui travaillent de 50 à 60 heures par semaine ET qui dorment en moyenne moins de 6 heures par nuit.

—    Les travailleurs de nuit : notre rythme biologique est simple ; l’humain est fait pour dormir la nuit.

—    Les jeunes de 17 à 25 ans. Les études ont démontré que ces derniers sous-estimaient les effets de la fatigue et surestimaient du même coup leur capacité à leur résister. Ils sous-évalueraient également les risques liés à la conduite d’un véhicule en état de fatigue.

—    Les personnes âgées, notamment l’après-midi. Souvent, l’effet de médicaments se fait sentir et puisque leur système met plus de temps à les métaboliser, il s’agit d’un facteur aggravant.

—    Les personnes souffrant d’un trouble du sommeil. On parle ici de personnes qui font de l’insomnie chronique et de l’apnée du sommeil, notamment.

Photo : BMW

3 — Les symptômes

C’est probablement la chose la plus évidente. Généralement, une personne sait lorsqu’elle se sent fatiguée. Les signes ne mentent pas ; bâillement, picotement des yeux, moments d’inattention, etc. Au volant, ça peut aussi se manifester par l’oubli de regarder ses rétroviseurs ou emprunter la mauvaise route. Selon Charles Morin, nous avons l’obligation de réagir au moindre signe. Voici quelques points à surveiller :

—    Dès qu’un de ces indices se manifeste, il faut immédiatement cesser la conduite d’un véhicule.

—    Les études prouvent que lorsqu’une personne prend la route alors qu’elle est éveillée depuis moins de 15 heures, elle n’est pas à risque, à condition de ne pas avoir accumulé une dette de sommeil. Cependant, après 16 heures sans dormir, les risques deviennent exponentiels. Le niveau de performance dans l’accomplissement de différentes tâches diminue.

—    Lorsqu’on prend la route après avoir été éveillé pendant 16 ou 17 heures, cela représente l’équivalent d’un taux d’alcoolémie de 0.05.

—    Lorsqu’on dépasse le cap des 18 heures sans sommeil, on se trouve dans une condition semblable à un état d’ivresse (0.08 et plus).

Le problème, souligne avec justesse le professeur Charles Morin, c’est que les signes sont plus difficiles à détecter comparativement à l’alcool. « De plus, les gens ont tendance à surestimer leurs capacités », ajoute-t-il.

Photo : FCA

4— Les pistes de solution

Pour régler le problème de la somnolence au volant, il n’existe pas une tonne de solutions. La plus simple passe par la prévention et la conscientisation. Il est impératif d’être capable de reconnaître les signes et surtout, de les respecter. Un seul épisode de sommeil au volant peut s’avérer fatidique.

C’est un de trop.

Et, concernant les statistiques sur le pourcentage d’accidents causés par la somnolence au volant, le professeur Charles Morin y va d’une mise en garde. « Puisqu’il n’y a pas d’instruments de mesure pour évaluer si un accident est causé par la fatigue, il y a lieu de croire que les statistiques sous-estiment le phénomène. »

Autrement dit, nous serions en présence d’un monstre à deux têtes.

En bout de piste, la responsabilité nous appartient. Avec la vitesse et l’alcool, elle est la principale cause d’accidents au pays.

En terminant, Charles Morin vous donne un conseil qui pourrait vous permettre d’éviter le pire.

« Aussitôt que vous ressentez de la fatigue au volant, arrêtez-vous immédiatement. La meilleure solution, c’est de réaliser une sieste de 20 minutes. Et pour maximiser la chose, prenez deux cafés avant la période de repos ; les effets de la caféine entreront en vigueur à votre réveil et vous aideront à poursuivre votre chemin tout en étant bien éveillé. »

Un conseil à appliquer et à partager avec votre entourage.

Article par Auto123.com