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Gilles-Villeneuve: Les souvenirs de Pierre Dupasquier de Michelin

Gilles-Villeneuve: Les souvenirs de Pierre Dupasquier de Michelin

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En cette année qui marque le 30e anniversaire du décès du légendaire pilote de Formule 1, Gilles Villeneuve, Auto123.com a contacté Pierre Dupasquier, l'ancien responsable de compétition chez Michelin, afin qu'il nous raconte ses souvenirs de Gilles...

« Tous les moments passés avec Gilles ont été de bons moments » déclare Dupasquier, maintenant à la retraite de Michelin.

« Notre première rencontre a eu lieu sur le circuit de Fiorano en préparation à la saison 1978. Mauro Forghieri, le bouillant directeur technique de Ferrari, a donné à Gilles quelques instructions et lors de son premier tour de piste, Gilles a effectué trois tête-à-queue! Deuxième tour, il en a fait encore deux. Quand il s'est arrêté, Forghieri lui a dit 'Gilles, faut que je te dises, ça n'est pas une Formule Atlantique, c'est une F1 et il faut ménager les freins'. Alors Gilles l'a regardé avec son air candide et lui a répondu 'Je ne comprends pas, je n'ai même pas encore commencé à freiner!'», de nous raconter Dupasquier.

« Gilles était excessif. Dès qu'il était sur une machine qui avait un moteur, il était tout de suite à 100%. Il était convaincu qu'il était le meilleur au monde pour conduire une machine à moteur », a-t-il ajouté.

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Pierre Dupasquier (Photo: WRi2)

Dupasquier a précisé que Gilles était un excellent technicien. « Puisque Gilles était toujours à fond, on savait d'où venaient les différences de chrono. S'il y avait une différence de deux dixièmes de seconde entre deux types de pneus, on savait que ça venait du pneu, pas du pilote. Il était d'une grande précision. Il pouvait répéter presque à l'infini ses temps au tour avec une précision étonnante. Pour nous, c'était précieux. Il nous disait ce qui n'allait pas comme ce pneu ne rentre pas très bien dans les virages rapides, tandis que celui-là sous-vire à basse vitesse. Il était très précis », de dire l'homme de Michelin.

Puis, vient la première victoire de Gilles Villeneuve à Montréal en octobre 1978, par une journée très froide. Dupasquier nous raconte comment Villeneuve a bâti sa victoire.

« À l'époque, on était illimité en pneumatiques. On faisait une présélection de pneus d'après ce qu'on connaissait de la piste, mais comme nous étions nouveaux, et que c'était le premier Grand Prix à Montréal, on n'avait pas de données. Alors nous sommes venus avec un choix de pneus extrêmement large », de dire Dupasquier.

« Carlos Reutemann (coéquipier de Villeneuve) avait opté pour un choix de pneus sécuritaire. Mais avec Gilles, on a opté pour une solution qu'on connaissait mal, plus osée. Gilles a fait deux tours avec ces pneus fragiles en essais. Mais on s'est dit qu'à cause de la température froide, ça pouvait tenir le coup. On en a discuté avec lui, et il a accepté. Il nous a précisé que ça allait sûrement être difficile en fin de course, mais ça valait le coup d'essayer. Il est parti avec ça, et il a gagné », raconte Dupasquier.

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Pierre Dupasquier (centre) avec Maudo Forghieri et Jody Scheckter en 1979. (Photo: WRi2)

Gilles était aussi extrême dans la vie de tous les jours. Pierre Dupasquier raconte les essais privés que Ferrari tenait avec Michelin à Jarama en Espagne. Gilles et lui devaient prendre un avion de retour à Madrid en fin de journée.

« J'avais une Renault 5 de location. L'heure de mon vol approchait et lui était toujours dans la Ferrari. Quand il a enfin terminé, il s'est déshabillé, je lui ai donné les clés et on a sauté dans la R5. J'ai vécu un trajet absolument incroyable ! Il passait toutes les vitesses à plein régime, mais sans jamais forcer. Il avait un talent formidable et un sens de la mécanique stupéfiant », dit-t-il.

« Deux choses me sont restées en mémoire. Premièrement, il a rattrapé un camion et il y avait un autobus qui venait dans l'autre sens. Ça ne pouvait pas passer. Il y avait un grand terre-plein gazonné à droite, incliné à 40 degrés. Il n'a pas hésité à doubler le camion à droite, et il est revenu sur la route devant, impeccable, en toute tranquillité ! »

« Ensuite on est arrivé à une intersection en T et nous devions prendre à droite. Il y avait une file de cinq ou six voitures. Gilles n'a pas hésité. Il a doublé la file par la droite, un peu dans le fossé, et est passé sous un grand panneau routier. Moi, je pensais bien que ça ne passerait pas, mais lui, oui. La R5 est passé sous le panneau et à côté du poteau qui soutenait la pancarte. Très relax. C'était ça, Gilles. Il avait tellement de talent, une vision impressionnante. Il possédait une confiance absolue en ses capacités », de terminer Pierre Dupasquier.