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Gilles Villeneuve: Son premier Grand Prix avec McLaren en 1977

Gilles Villeneuve: Son premier Grand Prix avec McLaren en 1977

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Le pilote québécois Gilles Villeneuve a disputé son premier Grand Prix de Formule 1 en 1977 au volant d'une McLaren. Auto123.com a réussi à retracer et à parler avec l'homme qui s'est occupé de sa voiture à cette occasion.

Les amateurs savent bien que c'est James Hunt, pilote McLaren, qui a parlé de Villeneuve à son employeur, Teddy Mayer, après s'être fait battre par le Québécois dans les rues de Trois-Rivières en Formule Atlantique. Mayer a donc fait signer un contrat à Villeneuve, lui permettant de disputer un nombre prédéterminé de Grands Prix.

Villeneuve a donc disputé sa première course de F1 sur le rapide tracé de Silverstone en juillet 1977.

Gilles Villeneuve F1
Photo: WRi2

Leo Wybrott nous raconte l'histoire. « À cette époque, j'étais gérant de projets chez McLaren. Je m'occupais de la fabrication et des essais des nouvelles voitures. Je ne faisais donc pas partie de l'écurie de course. Mais quand il y avait des événements spéciaux, Teddy (Mayer) me confiait, ainsi qu'à mon petit groupe, l'organisation de ceux-ci. C'est donc notre équipe qui s'est occupée de Gilles », de raconter Wybrott à Auto123.com depuis l'Australie où il passe sa retraite.

« James (Hunt) et Jochen (Mass) roulaient avec des M26. La voiture que nous avons préparée pour Gilles était la M23 châssis 8, la plus récente et la meilleure M23. Gilles est venu à l'usine y faire mouler son siège et Teddy lui a fait visiter les installations » de raconter notre interlocuteur.

Trois personnes se sont donc occupées de sa monoplace à Silverstone : Wybrott, Stevie Bun et John Hornby.

« Nous sommes entrés en action directement en pré-qualifications. Mais dès qu'il a touché à la voiture, nous avons constaté qu'il était fort habile et pleinement en confiance. Ça sautait aux yeux. Et ses chronos prouvaient qu'il était réellement doué », de poursuivre Wybrott.

Gilles Villeneuve F1
Photo: Personal collection, Rights reserved

Villeneuve a réalisé le meilleur temps des pré-qualifications, battant son bon ami Patrick Tambay qui était chez Ensign et les 12 autres pilotes.

Gilles a effectué plusieurs tête-à-queue au volant de la M23. « Il figurait toujours en haut des feuilles de chronométrage. Il a effectué deux ou trois tête-à-queue dès ses premiers tours de piste, mais il apprenait. Plus tard durant la séance d'essais libres, il a effectué des tête-à-queue dans les virages à haute vitesse. Mais il ramenait toujours la voiture en un seul morceau, ce qui est toujours apprécié. Il s'est classé 11e. C'est à ce moment que les gens ont commencé à s'intéresser à lui », d'ajouter Wybrott.

« Il communiquait réellement bien avec moi. Nous avons doucement commencé à changer les réglages, et il a roulé de plus en plus vite. À un moment, nous étions quatrièmes ou cinquièmes. Il s'est finalement classé 9e. Il n'a pas pu mieux se qualifier, car nous n'avions pas accès aux pneus tendres de Goodyear », a-t-il ajouté.

Samedi soir, tout le monde voulait en savoir plus sur ce jeune Canadien. « Nous avons eu pas mal de visite. Teddy (Mayer) est venu me voir pour connaître les réglages de la voiture. Gilles a vraiment fait sensation. Tout le monde était stupéfait pas son habilité naturelle. C'était un plaisir de travailler avec lui. Et Joann avait toujours un magnifique sourire. Gilles est resté avec nous tous les soirs. Il voulait comprendre le fonctionnement mécanique de la voiture. Il discutait avec nous sans arrêt. Et c'était un véritable intérêt de sa part. Il voulait comprendre comment la voiture était faite et comment elle fonctionnait », de préciser Wybrott.

« Je lui ai ensuite expliqué le fonctionnement des cadrans et des jauges. Ayant travaillé chez Lotus et ayant piloté des voitures de F1 à quelques reprises, je savais très bien que les jauges Smith étaient parfaitement peu fiables ! J'ai oublié de lui signaler que les jauges pouvaient déconner... » a-t-il ajouté.

Gilles Villeneuve F1
Photo: Personal collection, Rights reserved

Le jour de la course, le box de la McLaren No. 40 de Villeneuve était situé au bout de la ligne des puits, vers la sortie des stands et le virage Copse. Leo Wybrott et le panneauteur se sont placés à l'autre extrémité, à l'entrée des puits, afin que Villeneuve ait le temps de voir le panneau avant de fixer son regard au freinage de Copse.

Gilles a connu un bon départ et roulait très bien. Au 10e tour, il occupait le 7e rang.

« Gilles roulait bien en avant de (Jochen) Mass. Puis, il n'est pas passé devant nous. Nous l'avons vu s'engouffrer dans les puits à pleine vitesse et il s'est arrêté à son box à l'autre extrémité des puits. Ces voitures roulaient à des températures extrêmement élevées. L'eau parvenait à peine à maintenir la température du moteur à un niveau acceptable. Mais dès que vous vous arrêtiez, la chaleur intense du moteur faisait surchauffer l'eau dans le système de refroidissement. Et puisque la pompe ne tournait plus, l'eau bouillait en un instant. La valve de sécurité s'ouvrait et l'eau coulait sous la voiture. Gilles a montré à Stevie l'aiguille de la jauge de température d'eau pointant au maximum. Stevie a vu l'eau couler sous la voiture et allait dire à Gilles d'abandonner » de raconter Wybrott.

« Pendant ce temps, j'ai couru à toute vitesse vers la voiture. Gilles était encore assis à bord. Il m'a montré la jauge. Je lui ai dit de ne pas s'y fier. Il n'avait qu'à surveiller la température de l'huile qui était un meilleur indicateur. Nous avons vite ajouté un peu d'eau dans le système de refroidissement. Nous avons connecté le démarreur et j'ai dit à Gilles de retourner en piste. Il a rejoint la course en 21e place, a très bien roulé, et a finalement croisé l'arrivée en 11e position », de poursuivre notre interlocuteur.

Dans sa remontée, Villeneuve a signé le cinquième temps le plus rapide en course au 65e passage.

«Nous avons tous été vraiment impressionnés par lui. Gilles et Joann m'ont fait parvenir une carte de remerciement une semaine plus tard, me disant à quel point il avait adoré l'expérience. Et à chaque fois que nous nous sommes vus pas la suite, nous avons toujours pris le temps de nous saluer et discuter. C'était un vrai gentleman », de conclure Leo Wybrott.