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Heureux hasard, façon Beetle

Heureux hasard, façon Beetle

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MALIBU, Californie – La Volkswagen Beetle, de 1953 à 1979, est l’une des rares voitures à jouir d’une telle affection de la part du public, particulièrement sur la côte du Pacifique. Intimement liée à la culture californienne de cet état durant des décennies, l’emblématique Beetle fait autant partie du paysage sud-californien que les palmiers, le sable et les Ray-Ban.

Nous sommes ici soi-disant pour couvrir la Beetle cabriolet 2013. À vrai dire, pour ceux d’entre nous qui sont de vrais mordus de voitures, le nouveau modèle a vite été éclipsé par les quelques voitures de collection que Volkswagen avait amenées au lancement.

Parmi elles, la bien nommée Jolly (« joviale ») – modèle unique créé par Karmann en 1960. Petite quatre places turquoise à l’air déluré, la Jolly présente des sièges en osier, et un auvent en tissu avec frange à pompons lui sert de toit.

Je mourais d’envie de m’installer derrière le volant et sillonner les routes comme monsieur Bean chantant Down on Jollity Farm. Mais voilà, la Jolly était, hélas, réservée au seul plaisir des yeux.

Ma déception a heureusement été de courte durée – et avec raison. Nous avions la possibilité de faire un petit tour dans l’une des trois anciennes Beetle décapotables à moteur refroidi à l’air. Sans jamais en avoir conduit une moi-même, j’ai, durant mes années au secondaire, été à maintes reprises passagère d’une Beetle 1970, que je qualifierais probablement de pire voiture à conduire en hiver (avec ses planchers aérés, on se serait cru dans la voiture de Fred Cailloux).

C’est donc complètement ravie que je me suis installée derrière le volant d’un modèle 1979, dont la peinture argentée avait pris avec les années une belle couleur patine foncée rappelant l’étain ancien.

1979 Volkswagen Beetle vue côté
Photo: Lesley Wimbush

Bien assise dans les larges sièges de vinyle craquelé aux distinctifs traversins, je hume la réconfortante odeur âcre propre des fauteuils anciens, des vieux livres et du carburant inutilisé. Les pochettes plissées pour cartes routières qui tapissent l’intérieur des portières et les garnitures en similibois qui rappellent le lambris dans les maisons des années 70 ajoutent au charme.

Aussitôt la clé tournée, le fameux teuf-teuf de ses 48 chevaux déchaînés attendant un coup au derrière pour démarrer se fait entendre.

Pas facile d’engager le long et encombrant levier de vitesse, mais heureusement, la boîte de vitesses à 4 rapports est plutôt maniable. Pareil pour l’embrayage, dont la longueur de l’engagement est, disons-le, inexplicable.

Un sourire béat accroché aux lèvres, je longe la côte en direction des collines. Comme elle craint les freinages brusques et que les tambours de frein de ses quatre roues sont plutôt sensibles, la Beetle préfère qu’on la prévienne avant chaque arrêt imminent. Cette précaution permet également de préserver la pneumatique, puisque ma coccinelle chausse les mêmes pneus qu’à sa sortie de la chaîne de montage, bien des années auparavant.

Même si les inclinaisons abruptes épuisent une bonne partie du troupeau de 48 chevaux de ma Beetle, elle fait malgré tout son travail avec bonne humeur, comme la locomotive de l’histoire pour enfant Le Petit train bleu. Quand je dis « avec bonne humeur », c’est qu’il est difficile de ne pas sombrer dans l’anthropomorphisme avec une voiture qui démontre autant de caractère. Cette petite chose aux allures d’insecte est un emblème culturel si familier qu’on la considère presque comme une vieille amie.

Circulant sur les routes sinueuses bordées de bougainvillées qui surplombent la côte californienne, je ne peux être plus satisfaite de mon sort. Le vent qui caresse doucement mes cheveux, l’odeur piquant de l’air salin et la compagnie de cette voiture si incroyablement attachante se conjuguent pour créer chez moi un de ces rares moments de plénitude auquel nous aspirons tous au moins une fois.

Et pour ajouter au facteur heureux hasard, le coffre de ma coccinelle arbore un autocollant sur lequel on peut lire : Don Valley Motors, Toronto, Ontario.

Selon Thomas Tetzlaff, directeur des Relations avec les médias chez Volkswagen Canada, la voiture a été importée par Volkswagen Canada en 1979 comme l’une des toutes dernières Beetle décapotables. Vendue à Don Valley Volkswagen (qui, soit dit en passant, a toujours pignon sur rue au même endroit, juste à l’est de la Don Valley Parkway), cette Beetle n’a jamais été vendue ni même immatriculée.

On ne sait trop comment, mais voilà qu’elle s’est retrouvée chez Volkswagen Canada, qui la garde depuis des décennies et ne la sort qu’à l’occasion pour l’exposer ou l’envoyer en démonstration à l’ancien siège social de Volkswagen à Auburn Hills, au Michigan.

Quand elle a quitté le Canada pour prendre part au lancement de la nouvelle Beetle décapotable, elle n’avait que 175 kilomètres à son compteur d’origine. Oui, oui, vous avez bien lu : 175 -- pas 175 000 -- kilomètres. Depuis l’événement, après que les représentants des médias aient saisi l’occasion qui leur était offerte de la conduire, son compteur affiche désormais à peu près 125 km de plus.

Quel heureux hasard que d’avoir fait 4 000 kilomètres en avion pour conduire une voiture vendue à l’origine à 45 minutes de chez moi.