Des données récentes montrent que le secteur automobile canadien a écopé de la situation tarifaire actuelle créée par l’administration américaine. Nous pourrions bientôt en avoir un autre exemple concret.
Selon plusieurs analystes de l’industrie, General Motors est en voie de mettre fin à la production du camion léger Chevrolet Silverado 1500 à son usine d’assemblage d’Oshawa, en Ontario, avant la fin de l’année 2026. À moins qu'on n'y introduise la production d’un autre modèle, cela signifierait que seules les variantes ultra-robustes (HD) du Silverado sortiraient de l'usine. Cela entraînerait une baisse marquée de la production, et par le fait même, de l’emploi à l’usine d’Oshawa.
Une baisse marquée du volume
Comme le rapporte Automotive News Canada, une telle mesure de la part de GM accélérerait nettement le déclin de la production amorcé il y a quelque temps. Selon le média, l’usine d'Oshawa a assemblé 152 190 camionnettes en 2024 et 125 758 unités en 2025. Le rythme de l’usine a ralenti davantage au début de 2026 lorsque GM a éliminé son troisième quart de travail, mettant à pied quelque 700 travailleurs horaires.
Garder les lumières allumées, mais tout juste
Sam Fiorani, vice-président des prévisions automobiles mondiales chez AutoForecast Solutions, une firme établie en Pennsylvanie, a estimé que le retrait complet du Silverado 1500 ferait chuter la production annuelle de l’usine à seulement 50 000 véhicules. Le chef de la direction de cette firme, Joe McCabe, a souligné qu’un accent exclusif sur le Silverado HD forcerait inévitablement l’installation à réduire ses activités de deux quarts de travail à un seul. « C’est suffisant pour garder les lumières allumées », a observé M. McCabe, en rappelant que la demande totale pour les camionnettes lourdes demeure structurellement limitée.

Frictions commerciales et virages stratégiques
Bien que GM n’ait pas établi de liens directs, il est difficile de ne pas attribuer le recul des activités canadiennes au rude contexte tarifaire actuel qui afflige l’industrie automobile nord-américaine. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuelle administration américaine en janvier 2025, les tarifs douaniers imposés par les États-Unis sur les véhicules fabriqués au Canada pénalisent lourdement la main-d’œuvre locale. Ces frictions commerciales ont déjà incité GM à mettre au repos son usine d’assemblage CAMI à Ingersoll, en Ontario, où la production du fourgon électrique BrightDrop a été interrompue en raison de ventes léthargiques.
Pendant ce temps, le constructeur automobile intensifie de manière agressive son empreinte domestique aux États-Unis. Il a déployé un investissement massif de 4 milliards de dollars US dans plusieurs usines d’assemblage américaines, en plus de faire passer la production de camions lourds à Flint, au Michigan, à une semaine de travail de six jours et d’étendre sa capacité de camions légers en Indiana.
Fait saillant, lorsque GM a dévoilé le Chevrolet Silverado 1500 2027 de nouvelle génération, les dirigeants ont rompu avec la tradition de l’industrie en refusant de préciser quelles installations manufacturières allaient construire la camionnette redessinée. La génération de camions légers actuelle est construite à Oshawa, mais aussi en Indiana et au Mexique.
Démentis officiels et anxiété chez le syndicat
GM Canada conteste activement les rumeurs d'une baisse imminente de la production. La porte-parole de l’entreprise, Jennifer Wright, a déclaré que les structures d’emploi et de quarts de travail devraient être maintenues pendant la transition de l’usine vers la production de camions de nouvelle génération. Cette transition s’appuie sur un investissement de 343 millions de dollars CA à Oshawa, qui comprend 63 millions de dollars réservés à l’emboutissage de grands panneaux de carrosserie.
Toutefois, le calendrier de l’entreprise demeure ambigu : alors que le Silverado 1500 de nouvelle génération est lancé cette année, les modèles lourds redessinés ne sont pas attendus avant 2029.
L’absence de confirmation explicite sur les produits a, bien évidemment, alimenté de vives inquiétudes chez la section locale 222 d’Unifor, qui représente plus de 2000 travailleurs horaires à l’usine. Le président de la section locale, Jeff Gray, a décrit la main-d’œuvre comme étant « extrêmement préoccupée » par la stabilité d'emploi. Les négociations de convention collective entre le syndicat et le constructeur doivent débuter cet été, un processus rendu encore plus complexe par les incertitudes géopolitiques plus larges entourant l’avenir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
Pendant que de sombres nuages continuent de s’accumuler dans le ciel d’Oshawa, du côté de Ste. Catharines, on perçoit une lueur d’espoir. GM a pris un engagement substantiel de 691 millions de dollars CA envers son usine de propulsion dans cette localité ontarienne, où elle construira les moteurs V8 de nouvelle génération de la marque. Aux yeux de GM, cela constitue la preuve définitive que le constructeur ne prévoit pas abandonner son empreinte manufacturière canadienne — du moins, pas entièrement.





