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Ma première fois

Ma première fois

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Il faisait un soleil magnifique, la saison avait été fabuleuse. C'était une journée chaude, perdue au milieu de nulle part, la piste de Sanair nous accueillait pour la journée. Une demi-douzaine de pilotes Pro et Pro-Am du championnat canadien de drift s'étaient réunis pour gommer la piste et achever les pneus qui restaient en inventaire de la saison 2011.

L'ambiance était détendue, il n'y avait plus de compétition, que des amis qui se rencontraient comme les collègues de travail qui vont prendre un verre le jeudi au cinq à sept. Tout l'été, je l'avais passé avec l'équipe à regarder les courses, encourager nos pilotes et à vivre l'adrénaline de la compétition par procuration. J'étais là lors des réparations express et je relatais les weekends sur un site de nouvelles automobiles.

Mais ce jour-là, les gars ont décidé de me faire ma fête. J'allais être passagère pendant la valse de drift avec Dominic Desrosiers, notre pilote Pro.

Pneu de course
Photo: Marie-Andrée Ayotte/Auto123.com

Un petit mot sur le drifting. L'art de contrôler ses dérapages, la science de faire les bons transferts de poids et la folie de passer le plus près possible de tous les obstacles que l'on croise. La voiture transpire la performance et la maniabilité tel un adonis en chemise blanche sur le bord de la mer, la sensualité.

Confortable et totalement harnachée sur le siège passager, casque inclus, on se lance sur la piste. J'admire le contrôle de Doum dit DoubleD. En fait, je n'arrive pas à saisir comment il arrive à orchestrer ses mouvements pour déplacer la voiture avec autant de fluidité. Gaz, coup de volant, coup de frein hydraulique, lâche le volant, reprend la roue en pleine rotation, gaz, frein... ah oui, le changement de vitesse, j'en manque des bouts...

J'ai l'impression de ne pas avoir assez d'yeux pour voir les murs arriver et nous frôler. Le bruit du moteur qu'on sollicite et qui répond joyeusement, les pneus qui crissent. Il y a l'odeur du caoutchouc qui fond et nous monte au nez, il y a de la fumée dans l'habitacle. Mon cœur fait trois tours et mon estomac se resserre. Si un jour j'ai cru connaître les symptômes de l'adrénaline, aujourd'hui je me sens sur le bord de l'overdose.

Je ne peux m’empêcher de comparer la performance de ce bolide de drift, une Toyota Soarer japonaise, et celle de ma propre voiture. Ça donne 1-0, pour la Soarer, assurément! Je n’arrive même pas à figurer comment la voiture peut passer de l’immobilité et faire un demi-tour en seulement un coup de pédale et de volant. Les 70 km/h que nous atteignons, à 30 degrés d’inclinaison n’en paraissent que 30, je vis le tout au ralenti.

Flop flop flop flop. Un pneu a rendu l’âme, il est temps de retourner au paddock.

Mon souffle s'est accéléré, je ne m'en suis aperçue qu'en sortant de la voiture lorsque mes poumons ont regagné la liberté que le harnais leur avait enlevée. Mes oreilles bourdonnaient du bruit moteur et les muscles de mon visage étaient figés dans un sourire affirmé.

Malgré un petit mal de cœur que mon orgueil attribue à la fumée de pneus, l'expérience m’a transportée. J’ai l’impression qu’une mouche m’a définitivement donné la piqûre. Il va falloir recommencer la prochaine saison.