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Nissan en Formule E : de la piste à la rue… ou est-ce l’inverse ?

La première saison de Nissan au sein du circuit de Formule E vient de se terminer le week-end dernier à New York avec une victoire et une deuxième place au classement pour le pilote vedette de l’écurie, Sebastien Buemi.

Les formules électriques en étaient à leur cinquième campagne à se produire dans les rues de grandes villes à travers le monde. Pour la première fois cette année, une seule voiture était utilisée par course. On se souviendra que lors des premières saisons, des questions d’autonomie forçaient les pilotes à changer de monture à la mi-course.

Le circuit évolue ; la technologie aussi.

Nissan, de son côté, a rejoint ce nouveau cirque cette année et pour bien comprendre le rôle qu’elle est venue y jouer, nous nous sommes entretenus avec Michael Carcamo, le directeur du programme de course à l’internationale pour Nissan.

Voici, en substance, ce que ce dernier nous a permis d’apprendre.

Trois ans de préparation
Dans un premier temps, il est intéressant de savoir que Nissan préparait depuis un peu plus de trois ans son arrivée en Formule E. Et les débuts pour 2019 ne sont pas un hasard, comme nous l’a expliqué Michael Carcamo. « L’ancien système faisait que les courses devaient se dérouler avec deux voitures. Nous savions que cette année, le tout se ferait avec une seule voiture à la fois plus puissante et offrant plus d’autonomie. Avec la nouvelle génération de la LEAF, qui a fait ses débuts juste avant le début de la saison, le synchronisme était parfait. Elle aussi offre plus de puissance et d’autonomie qu’avant. »

Photo : D.Rufiange

De la rue à la piste
Et si le responsable nous parle de la LEAF, ce n’est pas un hasard non plus. En fait, ce qui a été appris avec elle a pu être amené en course automobile, notamment en ce qui concerne l’utilisation de composantes physiques qui ont pu passer d’un univers à l’autre. Cependant, c’est surtout la gestion de l’énergie et de la batterie, apprise avec la LEAF, qui a aidé lors des premiers pas avec la voiture de course.

De la piste à la rue
Et à l’inverse, est-ce que la voiture de course pourra servir les futures propositions électriques de Nissan ? Le responsable du programme est également clair là-dessus : « À l’inverse, il est aussi évident que ce que nous apprenons ici va servir aux futures voitures de production. On opère sous des températures extrêmes et on tente d’aller chercher le maximum de puissance tout en consommant le moins d’énergie possible. C’est ce qu’on apprend à contrôler ici grâce à l’aide des logiciels qui sont à notre disposition. En bout de piste, c’est ce qu’on pourra ramener sur la voiture de production. »

Et on ne devrait pas trop attendre avant de pouvoir en profiter, comme c’est le cas avec la technologie qui est développée en Formule 1. « Ça va prendre moins de temps, c’est sûr. Ce qui pourra être transféré rapidement, ce sont les connaissances acquises sur la façon de construire nos moteurs et les matériaux que nous allons utiliser pour les rendre les plus efficaces possible. Ce qui sera plus long, ce sera le transfert d’unités en tant que tel en raison des coûts de développement de ces dernières. »

Ce qui semble évident toutefois, c’est qu’en fin de compte, le consommateur va finir par en profiter. Voilà aussi pourquoi on retrouve BMW, Mercedes-Benz, Audi et Jaguar dans les paddocks.

Photo : D.Rufiange

Le rôle de Nissan
Un coup d’œil aux marques citées nous fait réaliser ceci ; Nissan est le seul constructeur générique à être présentement impliqué en Formule E. Pour Michael Carcamo, c’est une question de bons sens.

« Nous sommes le premier constructeur japonais à participer à cette série et ce haut fait d’armes est important pour nous. Nous sommes le fabricant qui a vendu le plus de voitures électriques avec plus de 400 000 unités et nous voulons montrer aux gens tout le côté excitant de la voiture électrique. La perception est souvent que cette dernière est banale et que son choix est surtout dicté par le côté pratique des choses. En voyant des bolides courir dans les rues devant chez eux, la perception des gens va changer. Ces derniers vont comprendre que pour plusieurs raisons, être propriétaire d’une voiture électrique est la bonne chose à faire. »

Et la mission est claire chez Nissan. Le slogan « l’innovation pour tous » signifie exactement ce qu’il suggère ; l’accès de la technologie pour les masses, et ce, à prix abordable.

La série
Quant à la série en tant que telle, sans y aller de détails trop techniques, disons que les voitures sont pratiquement identiques. En fait, elles utilisent toutes le même châssis, batteries, pneus et suspension avant, entre autres. Derrière, les équipes ont plus de liberté pour les ajustements.

Photo : D.Rufiange

Au total, 20 personnes ont le droit de travailler dans les puits avec les deux voitures de course d’une écurie. Il est difficile de savoir combien de gens au total ont eu leur mot à dire dans ce projet, car certains ont des tâches multiples au sein de l’entreprise.

Lorsqu’on tente d’en savoir un peu plus, soit sur le coût d’une voiture ou sur les méthodes de recyclages de batteries, là, on a droit à des réponses plus mâchouillées.

Pour les coûts de la série, on nous mentionne qu’ils sont les plus efficaces, toutes séries confondues. Pour le prix d’une voiture, on a droit à du patinage de politicien. Cependant, au fil de nos discussions, Michael Carcamo a quand même mentionné que de nombreux millionnaires auraient les moyens de se procurer un bolide.

Bon, ça vaut bien ce que ça vaut. On vous laisse spéculer sur le prix d’une Formule E. Sur le Net, on voit des estimations qui varient entre 200 000 $ et 300 000 $ américains pour une édition.

Et, pour conclure sur l’aspect financier, la Formule E, malgré toutes ses vertus, est toujours devant une pente abrupte. Avant le début de la présente saison, le magazine Forbes rapportait des pertes de quelque 140 millions dollars aux termes des quatre premières saisons. Et c’est sans compter sur la controverse qui la suit en certains endroits ; on n’a qu’à se rappeler le triste épisode montréalais il y a déjà deux ans.

Photo : D.Rufiange

Et le recyclage…
Enfin, pour ce qui est du recyclage des batteries, Nissan renvoie la balle aux organisateurs, car ce sont eux qui fournissent les piles. Notre temps New York fut trop court pour donner suite à cette réponse. Il y aurait un dossier complet à faire sur les réels impacts de cette série de courses mettant en vedette des voitures électriques.

Entre autres le fait que trois avions cargo servent au transport de tout le matériel…

Comme l’a mentionné le président de la série, Alejandro Agag, « pour créer une omelette, il faut casser des œufs. Et pour éliminer du CO2, il faut en créer. »

Nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir, surtout si le circuit revient un jour à Montréal, ce à quoi le président de la FIA, Jean Todt, a donné son accord à la mi-juin.