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LINCOLN TOWN CAR 2000

LINCOLN TOWN CAR 2000

Par ,

MÉTAMORPHOSE

La division de prestige de Ford se devait d'utiliser un remède de cheval pour sortir de sa torpeur. La transformation réussie, il y a deux ans, de son modèle le plus conservateur, l'auguste Town Car, illustre bien le renouveau de cette marque. Appréciée par les uns, méprisée par les autres, cette limousine aux proportions titanesques souffrait en effet d'un problème d'image.

Plusieurs étiquettes lui collaient à la peau, et pas toutes glorieuses: on associait la Town Car aux personnes âgées, ce qui faisait fuir notamment les jeunes retraités quinquagénaires encore fringants; mais aussi aux parvenus à la prospérité clinquante (pour employer un terme poli), ainsi qu'à certains représentants du monde interlope.

Pour d'autres, le destin de la Town Car était de servir de limousine d'aéroport ou de voiture de fonction, avec chauffeur. Et que dire des affreuses limousines allongées, d'un mauvais goût qu'Elvis lui-même n'aurait pas renié? Bref, il fallait modifier son image coûte que coûte, afin de mettre fin à ces railleries et de changer les perceptions. Et, bien sûr, d'attirer de nouveaux acheteurs.

ARRONDIE, MAIS PAS PLUS JOLIE

Non pas qu'il s'agissait d'une mauvaise voiture: dans le genre « gros bateau américain », on a déjà vu pire, et sa fiabilité n'était pas à dédaigner. Il faut dire qu'on jouait en terrain connu, avec une architecture conventionnelle (V8, propulsion) et des organes mécaniques qui l'étaient tout autant. On aura compris que le problème de la Town Car en était un de forme, et non de fond.

La grosse boîte carrée est donc devenue ronde, comme le veut la tendance, sauf que le résultat est, hélas, discutable. Certes, tous les goûts sont dans la nature, mais l'auteur de ces lignes est d'avis que ce n'est pas avec une telle allure que l'image quétaine de la « grosse Lincoln » s'améliorera. Vêtue de blanc, on ne peut l'imaginer ailleurs que devant Graceland ou dans les rues de Las Vegas; tandis que noire, elle évoque une Batmobile en configuration 4 portes, vision apocalyptique s'il en est. Son efficacité aérodynamique est toutefois surprenante: peu importe la vitesse, les bruits éoliens sont réduits au minimum et la tenue de cap demeure imperturbable.

Le comportement routier de la nouvelle Town Car constitue par ailleurs une surprise de taille, et une bonne. De concept abstrait qu'elle était sur le modèle de génération précédente, la tenue de route est devenue une réalité et un petit slalom suffit pour s'en convaincre. Dans les virages serrés comme dans les grandes courbes, la voiture manifeste un aplomb qu'on ne lui connaissait pas, bien servie qu'elle est par une direction en net progrès.

Moins de roulis, moins de survirage, une caisse qui reste presque neutre, ma foi, on ne la reconnaît plus! Attention: n'allez pas croire non plus que cette grosse berline s'est métamorphosée en Porsche ou en Ferrari; mais pour un véhicule de ce gabarit, dont la priorité demeure le confort, c'est plutôt réussi.

Le confort, justement, parlons-en. S'il est un domaine où la Town Car a gagné ses lettres de noblesse, c'est bien celui-là, et la dernière génération reste fidèle à la tradition. À l'avant comme à l'arrière, les suspensions ont été retravaillées et malgré une architecture qui paraîtra vétuste à certains - avec notamment la présence d'un essieu rigide à l'arrière -, leur rendement mérite d'être souligné. Attention cependant aux trous et aux bosses: sur un revêtement accidenté, le tangage qui était le propre des générations précédentes refait surface.

Il n'en reste pas moins que jamais, depuis que ce modèle existe, on n'a atteint un tel équilibre entre le confort et le comportement routier. Fini le mal de mer à bord d'une Town Car: désormais, on ne navigue plus, on roule. Et doucement, mais alors là vraiment doucement. Il ne reste plus qu'à se laisser bercer par ce salon roulant, où règne comme il se doit un silence monacal. Qu'aucun bruit de caisse ne viendra perturber, signe d'une qualité d'assemblage irréprochable. De plus, si vous aimez le confort à l'américaine, les fauteuils généreusement rembourrés qui font office de sièges vous enchanteront. À l'avant, on apprécierait cependant un maintien digne de ce nom: il faut surveiller constamment sa posture et éviter de se laisser glisser sur la banquette; sinon, gare aux maux de dos!

Compte tenu des dimensions « pachydermiques » de la Town Car, on ne se surprendra guère de son habitabilité. Il en va de même pour la malle arrière, dont la grande capacité de chargement ne peut cependant être pleinement exploitée: plancher trop bas, seuil trop haut, pneu de secours mal foutu, c'est un peu anarchique, là-dedans.

LAIDE MAIS PAS CHÈRE

À l'image de la carrosserie, le tableau de bord n'est guère inspirant, mais il compense cette lacune par d'autres qualités - d'ordre pratique, cette fois. La disposition des commandes se place à l'abri de toute critique, et on apprécie celles qu'on a doublées en les plaçant également dans le volant, ce qui en facilite la manipulation.

S'il est indécent de parler d'aubaine pour un véhicule dont le prix tourne autour de 50 000 $, il n'en demeure pas moins que, face à ses concurrentes, la Lincoln Town Car représente une sacrée affaire. Beaucoup plus chères, ses rivales importées, les japonaises surtout, ont beaucoup de difficulté à justifier cet écart de prix. Si la fiabilité des Acura, Infiniti et Lexus est exceptionnelle, celle de la Lincoln n'est pas à dédaigner non plus, et elle soutient la comparaison en termes de finition, de confort et de comportement routier. Il ne reste qu'à s'habituer à son allure quelconque, mais disons qu'une différence de prix de 20 ou 30 000 $, ça aide... Chose certaine, cette luxueuse berline américaine ne mérite plus d'être snobée.


Feux verts

Feux rouges

  • Confort de limousine
  • Insonorisation poussée
  • Direction précise
  • Comportement routier amélioré
  • Mécanique éprouvée
  • Allure rococo
  • Tableau de bord rétro
  • Banquette d'une autre époque
  • Coffre arrière tarabiscoté
  • Réactions du train arrière
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