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Affronter les embouteillages

Affronter les embouteillages

Aye Caramba! Par ,

Les routes sont envahies de camionnettes tirant des chaloupes, de 4x4 chargés de kayaks, de semi-remorques transportant toutes sortes de marchandises et de minifourgonnettes remplies de parents et d'enfants à destination de Wal-Mart, où se trouve tout le matériel nécessaire à la rentrée scolaire.

Et moi, j'ai choisi cette journée, le samedi du week-end de la fête du Travail, pour retourner un véhicule de presse chez un concessionnaire à l'autre bout de Toronto.

La plupart du temps, je peux tomber en mode de pilotage automatique et conserver mon sang-froid malgré l'enfer dans lequel je suis plongée. D'autres fois, même avec mes meilleurs efforts, la frustration s'accumule et mon niveau de stress grimpe en flèche.

En avançant à pas de tortue dans le corridor toxique reliant Oshawa et Markham, entourée de fumées de diesel et de bruits de freins, sans oublier l'énorme calandre crasse qui me colle au derrière, je réalise que j'ai la mâchoire coincée et qu'une veine sur ma tempe est sur le point d'exploser. Ça fait 40 minutes et j'ai à peine franchi 20 kilomètres. Embraye, change de rapport, débraye, avance de dix pieds, embraye, rétrograde, débraye et recommence.


Puis, je me rappelle que dans la pochette de ma portière se trouve un livre prêté par un de mes amis, devenu exagérément serein à force de pratiquer le yoga et la méditation, qui pensait m'offrir une aide pour affronter les embouteillages. Ce bouquin regorge de pensées quotidiennes insignifiantes, écrites par un de ces gourous sirupeux qui disent vouloir favoriser le développement personnel des gens. Il n'est pas très épais, mais juste assez lourd et pointu pour que je le lance en direction de la prochaine minoune beige qui empiète sur ma voie.

Conduire une petite voiture sans coussins gonflables nous amène vraiment à développer nos techniques de conduite défensive, sans compter notre capacité à reconnaître le moindre risque de chaos et à déguerpir des lieux au plus sacrant.

Pesant un maigre 1 171 kilos, mon coupé ne me donne nullement l'envie de tester sa résistance aux collisions, mais j'ai développé un moyen assez efficace de repousser les idiots qui osent me suivre de trop près. J'en profite pour laver généreusement ma vitre arrière, ce qui ne manque pas d'éclabousser tout pare-brise à proximité. Le message est passé.

Rester coincée dans le trafic a un effet Pavlov sur moi; j'ai inévitablement besoin de faire un tour au petit coin. Peu importe comment j'essaie d'oublier mon envie (naviguer d'une station de radio à l'autre, faire une liste de magasinage, imaginer une nouvelle disposition pour mes meubles, etc.), mon inconfort semble directement proportionnel à la durée et à la difficulté de l'épreuve qui me sépare du soulagement. Je n'ai aucun problème à me retenir pendant quatre heures si la circulation reste fluide, mais après 30 minutes d'embouteillage, c'est comme si je dormais soudainement avec les doigts trempés dans de l'eau chaude.

De la bonne musique réussit à atténuer ma douleur et j'aime particulièrement écouter le blablabla de Kim Mitchell au Q107 durant son segment drôlement bien intitulé, le « Traffic Jam ». Je me demande combien d'homicides véhiculaires ont été prévenus grâce au pouvoir miraculeux de la musique. Après tout, qui oserait commettre un acte de rage au volant en écoutant du Bob Marley? Par ailleurs, si les compagnies automobiles arrivent à mettre au point des systèmes qui neutralisent le bourdonnement de leurs moteurs à quatre cylindres, elles doivent sûrement pouvoir faire quelque chose avec le bourdonnement d'un cerveau enragé.

Lorsque rien ne fonctionne, je tâche de conserver ma bonne santé mentale en quittant l'autoroute 401 et en me replongeant dans la sérénité des artères secondaires. De merveilleuses routes sinueuses et champêtres mènent de Peterborough jusqu'à Richmond Hill. On peut y rouler 15-20 minutes avant de croiser un autre véhicule – et jamais de camions de marchandises.

Je passe devant un moulin centenaire, des champs de paille dorés et plusieurs bâtiments agricoles en pierre. Ceinturé d'arbres en bordure d'une jolie ferme laitière, un conteneur vitré renfermant un vieux roadster symbolise le berceau de la McLaughlin Buick. De petits villages, oubliés par le temps, nous font sentir les arômes de délicieux produits du terroir et, en s'y arrêtant, un gentil chien s'approche de nous pour se faire flatter.

Malheureusement, il n'existe aucun chemin aussi paisible menant jusqu'au centre-ville de Toronto – du moins, pas à ma connaissance. Généralement, je fais la « tough » et j'endure l'enfer stagnant du Don Valley Parking Lot. D'autres fois, j'emprunte Bathhurst; je ne gagne pas de temps, mais le paysage est plus beau.

Le 4 novembre prochain, des experts du monde entier viendront participer à une table ronde sur les problèmes de congestion routière, qui coûtent à la ville 6 milliards $ annuellement selon la Chambre de commerce de Toronto (l'aller-retour des travailleurs dure en moyenne 80 minutes, soit l'une des pires attentes en Amérique du Nord). Une solution à envisager serait l'expansion du réseau de transport en commun selon le modèle européen, avec un métro, des autobus, des tramways et des trains légers fonctionnant efficacement et en harmonie.

D'ici là, je vais continuer mes exercices de respiration contrôlée et refaire le plein de bonnes chansons sur mon lecteur MP3... ainsi que de lave-glace!