Auto123.com - On vous guide du rêve à la route

Ayrton Senna : Denis Chevrier parle d'un grand Monsieur

Ayrton Senna : Denis Chevrier parle d'un grand Monsieur

Par ,

Entre 2002 et 2008, l’ingénieur français Denis Chevrier a été responsable des opérations F1 chez Renault Sport. Auparavant, il a eu le privilège de travailler aux côtés d’Ayrton Senna. Il nous livre ici son témoignage.

En 1986, Chevrier était ingénieur motoriste au sein de l’écurie Tyrrell.

« Je n’ai pas tout de suite travaillé avec Ayrton Senna. C’est survenu pour la première fois durant l’hiver 1986 quand l’ingénieur qui lui était attitré chez Lotus fut indisponible lors d’un essai au circuit Paul-Ricard », nous raconte Chevrier.

« Au Paul-Ricard, on a essayé des choses et Ayrton nous poussait à progresser. Il pouvait passer 15 minutes à nous décortiquer un virage. C’était comme voir un film au ralenti. Il découpait l’action en dixièmes de seconde. Il nous expliquait pourquoi il faisait ceci ou cela. Nous avions deux cadrans de pression de suralimentation ; un pour le turbo gauche et l’autre pour le turbo droit. Eh bien, il se souvenait de tous les chiffres ! », poursuit-il.

F1 Williams Ayrton Senna
Grand Prix du Brésil 1994. Denis Chevrier est penché au-dessus du cockpit de la Wiliams d'Ayrton Senna. (Photo: WRi2)

Après un bref interlude dans le monde des rallyes, Chevrier est revenu en F1 avec Williams.

« Quand Senna est arrivé chez Williams en 1994, avec l’acquisition de données, on a bien été forcés de constater que ce qu’il disait était exact. Ce qu’il nous expliquait du comportement de la voiture et du moteur reflétait exactement ce qui se passait vraiment », de nous dire Chevrier.

« Ce qui était vraiment surprenant, c’était sa volonté de partager ces informations. Il était convaincu que c’était LA façon de progresser. Il nous faisait réaliser un travail gigantesque sur la progressivité du moteur afin d’améliorer le confort du pilote. Il ne nous décrivait pas vraiment les réactions de la mécanique, mais plutôt ce qu’il ressentait », d’expliquer le Français.

F1 Denis Chevrier
Denis Chevrier. (Photo: WRi2)

Un charisme étonnant
« Son talent pur était exceptionnel. À voitures égales, on savait qu’il était hyper rapide. Mais c’était sa capacité d’analyse qui faisait la différence. Et la force de progression était gigantesque. C’était un animateur d’équipe formidable. Avec lui, on partageait une grande aventure humaine », de raconter Chevrier à Auto123.com

« On ressentait parfaitement sa chaleur humaine. Il était venu nous voir chez Renault Sport à Viry-Châtillon, et même s’il ne parlait pas le français, tout le monde avait compris son message. Sa façon de dire les choses, son regard, son aura, sa détermination faisaient que les gens ressentaient son engagement et sa volonté de réussir. Il possédait un charisme extraordinaire. Par ses convictions, il arrivait à convaincre les gens de soulever des montagnes, » décrit Chevrier.

« Du temps de Lotus, il lui arrivait d’aller dîner au resto avec les responsables de l’équipe. Si des mécaniciens se joignaient à eux plus tard, on leur disait généralement que c’était M. Senna qui avait déjà réglé leurs factures ».

F1 Williams Ayrton Senna
Ayrton Senna, Williams. (Photo: WRi2)

Le troisième Grand Prix disputé par Senna avec Williams lui fut fatal.

« En 1994, Ayrton était mal installé dans la Williams. Le volant était placé trop près de lui, et cela gênait la circulation sanguine. Lors du Grand Prix du Brésil, il fut pris de crampes terribles des bras. Ses muscles étaient tétanisés, et il a effectué un tête-à-queue. Il est revenu au garage et a dit à tout le monde ‘Excusez-moi, c’est ma faute. Ça ne se produira plus’. Ce n’était pas de sa faute ; nous n’étions pas prêts. La quasi-totalité des autres pilotes auraient trouvé une excuse. Mais pas Ayrton. Il ne s’est pas caché. Il a toujours accepté ses responsabilités. C’était la grande classe. Un grand Monsieur », de terminer Chevrier.