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Exclusif ! Il y a 30 ans, Renault révolutionnait la F1 ! (2e partie)

Exclusif ! Il y a 30 ans, Renault révolutionnait la F1 ! (2e partie)

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Il y a 30 ans, le 16 juillet 1977, le monde de la Formule 1 entrait brutalement dans une nouvelle ère à l'occasion du Grand Prix de Grande-Bretagne tenu à Silverstone. La Régie Renault devenait, ce jour-là, le premier constructeur d'automobiles généraliste à affronter la F1 avec le premier moteur turbo.

François Castaing, directeur technique de l'écurie à cette époque et devenu par la suite vice-président directeur de la Conception à Chrysler, nous fait revivre ces moments historiques.

Côte à côte : la Renault RS01 de 1977 et la R27 de la saison 2007, avec une décoration assez semblable.

Au début, la technologie du moteur turbo n'était pas simple à maîtriser en Formule 1. « Le premier turbocompresseur que nous avons employé était issu d'un moteur industriel et non pas d'un moteur d'automobile. S'il existait, nous ne le connaissions pas, raconte François Castaing. Lors des courses USAC disputées sur les ovales américains, le turbo fonctionnait bien, car le moteur n'était jamais en reprise. Il n'y avait pas de temps de réponse. Ce n'était toutefois pas le cas en F1. Garrett USA voulait bien nous donner les turbos, mais ne voulait pas les modifier. Avec l'aide de Garrett France, nous avons modifié les turbos, des hybrides en fait, en prenant des carters de petites turbines équipés de gros compresseurs. Plus tard, nous nous sommes associés avec KKK et nous avons réalisé, comme Porsche d'ailleurs, que deux petits turbos fonctionnaient beaucoup mieux qu'un gros. De plus, les turbos KKK étaient bien adaptés, car ils avaient été fabriqués pour la course. »

Des solutions de la Seconde Guerre mondiale
L'injection, fournie par Kugelfischer, a été assez facile à maîtriser car elle était assez sophistiquée. « Quelques années après, j'ai réalisé que si nous avions eu dans notre équipe un jeune ingénieur qui avait fait ses études en Angleterre, il aurait apporté avec lui ce que tous les jeunes ingénieurs anglais apprenaient, c'est-à-dire l'aventure des moteurs Merlin durant la Seconde Guerre mondiale », raconte Castaing. « Rolls Royce a fabriqué les moteurs Merlin des chasseurs et des bombardiers. Pour obtenir plus de puissance et monter plus haut en altitude, elle a commencé à les suralimenter au moyen de compresseurs à un étage, puis à deux étages, et la façon dont elle a résolu les problèmes de détonation est un truc archi connu dans l'aéronautique. Mais nous, à l'époque, nous avons un peu réinventé ce que nous aurions pu apprendre dans des bouquins de l'histoire de l'aviation. Nous avons donc solutionné les mêmes problèmes que les Anglais durant la Seconde Guerre mondiale, et en plus, nous étions handicapés par notre essence à indice d'octane de 100. Il fallait refroidir les pistons, s'assurer que nous contrôlions la combustion et la température de l'air compressé; il a fallu quelque temps pour comprendre tout cela. Il y a également des solutions que nos fournisseurs possédaient, tel que Mahle (fabricant de pistons). Ses ingénieurs avaient des solutions pour de gros pistons de moteur diesel très suralimenté. Cela concernait un certain secteur de Mahle. Mais nous, nous avions de petits pistons qui ne faisaient que 90 millimètres de diamètre. Un jour, nous leur avons demandé : « Connaissez-vous une façon de refroidir les pistons ? » Ils ont répondu : « Oui, il faut le demander à nos copains qui font les gros pistons de diesel. » C'est comme ça que nous avons découvert qu'il était possible de faire circuler de l'huile derrière les segments, ce qui aidé à stabiliser les problèmes d'écrasement des gorges de segments qui faisaient casser nos moteurs. »

Grands débuts de Renault en Formule 1 au GP de Grande-Bretagne en 1977.

Jabouille remplacé par Prost ?

À la fin de l'année 78, il y a eu une période de doute. Gérard Larrousse, le patron de Renault Sport, qui était un homme politique, est venu me voir pour me dire : « Je crois qu'il faut tout arrêter et fabriquer un moteur V8 atmosphérique car nous n'y arriverons jamais. » Et ça, c'était parce que Jean-Pierre Jabouille, notre pilote, était impatient et qu'il se voyait vieillir. Il commençait à penser que Renault le mettrait à la porte parce qu'il n'avait pas encore gagné un grand prix. Mais nous avons persévéré et travaillé fort avec Jean-Pierre Boudy, Bernard Dudot et une bonne équipe, sept jours sur sept, 365 jours par année. Et ç'a fonctionné. En 1979, après la victoire de Dijon, je me suis dit que nous avions pris tellement d'avance sur la concurrence avec la technologie turbo et les pneus radiaux Michelin que nous pouvions gagner le championnat en 1980. J'ai dit à Larrousse : « Remplaçons Jabouille par Alain Prost que nous avions déjà sous contrat, sans que cela soit public, et faisons le pari que nous gagnerons le championnat avec Prost. » Et Larrousse m'a dit : « Mais non, nous ne gagnerons pas tout de suite, nous ne sommes pas assez expérimentés. » Et je lui ai répondu : « Mais si nous attendons encore deux autres années, tout le monde aura le turbo, tout le monde aura des pneus radiaux, et nous aurons perdu notre avantage. » Et j'ai finalement pris la décision d'aller vers AMC aux États-Unis, car j'en avais assez de la course. Je regrette quand même que Larrousse, qui était le grand patron, ait décidé, avant même que nous débutions la saison 81, que Renault ne pouvait pas gagner le titre. »

François Castaing est aujourd'hui stupéfait de constater à quel point la F1 a changé avec l'arrivée des constructeurs d'automobiles. « La course était moins sophistiquée en 1977. Il y avait moins d'électronique, il n'y avait pas de télémesure, bref, moins de technologie qu'aujourd'hui. Mais je peux vous affirmer que, sur le plan du spectacle, les courses des années 70 étaient terriblement spectaculaires. Nous n'avions pourtant que des budgets annuels d'environ 3 ou 4 millions de dollars. Nous faisions tout et nous faisions courir la voiture ! Nous avons démarré en juillet 1977 et nous avons décroché notre première victoire à Dijon en 79, juste 24 mois après. Aujourd'hui, il y a des écuries qui sont en F1 depuis des années et qui n'ont jamais gagné un grand prix. Notre équipe de jeunes a réussi en F1 et j'en suis fier ! »

À lire pour en savoir plus : « Renault F1 1977-2007 », Renaud de Laborderie et Serge Bellu, Éditions Solar
photo:Renault Communication
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