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F1 : Rob White de Renault parle des moteurs et de la réglementation

F1 : Rob White de Renault parle des moteurs et de la réglementation

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L’ingénieur britannique Rob White, directeur technique des moteurs chez Renault F1, parle de la réglementation actuelle, des équipes clientes, du gel technologique et des règles pour 2013.

Photo: Renault

D’après Renault F1 Team

Question :
La rumeur veut que les moteurs Renault souffrent d’un manque de puissance par rapport à leurs rivaux. Quelle est votre opinion sur ce point ?

Rob White :
Je pense que la puissance maximale du moteur Renault dans la plage d’utilisation ‘normale’ n’est pas aussi élevée que celle de certains de ses rivaux. L’analyse du rapport de forces entre les équipes nous conduit à cette conclusion, mais il est impossible de donner des chiffres précis en termes de puissance, à moins de mesurer tous les blocs au banc.

Les raisons de ce déficit en performance résultent des développements moteurs qui ont été entrepris durant les différents cycles d’homologation. Les changements apportés au moteur ont été restreints par le règlement sportif depuis 2007, mais la manière d’utiliser un moteur de F1 a beaucoup changé depuis. Par exemple, le régime maximal a été abaissé à deux reprises, la durée de vie du moteur a été doublée, le KERS a été installé puis ôté, et les ravitaillements ont disparu. Ces modifications ont été gérées grâce à des modifications de faible envergure. Les motoristes ont agi selon les règles pour développer les V8 et, en partant du principe que les moteurs sont différents, tout comme les contraintes des équipes d’ingénieurs, le résultat après ces séries de modifications est compréhensible.

Bien sûr, d’autres critères que la puissance contribuent à la performance des monoplaces. La souplesse, les contraintes thermiques, le poids et la rigidité sont des paramètres significatifs. Cependant, la puissance reste le facteur primordial. Renault s’est engagé à fournir des moteurs compétitifs et nous pensons que cela est possible dans le cadre des règlements stricts actuellement en vigueur. Mais nous ne pouvons pas être satisfaits, tant que la puissance de notre V8 reste inférieure aux meilleurs.

Q :
Au début de la saison, l’accent était mis sur la différence de consommation entre les différents moteurs, qui allait pouvoir jouer un rôle avec l’interdiction de ravitailler. Ce paramètre a-t-il joué un rôle ?

White : Pas de manière significative. La consommation de carburant est une caractéristique de performance importante, juste derrière la puissance, et le poids qu’embarquent les voitures est fonction de cette consommation. Avec la fin des ravitaillements, cela est encore plus important pendant la course qu’en 2009, mais l’opposé est applicable en qualifications : l’année dernière, il fallait se qualifier avec le niveau d’essence nécessaire pour boucler le premier relais, il y avait donc la possibilité de convertir une économie de carburant en avantage au chrono. L’effet est bien compris et tous les compétiteurs ont travaillé pour optimiser le rendement dans ce domaine. À part dans le cas d’erreurs d’exploitation, il serait erroné de dire que les différences de consommation ont eu un rôle décisif en 2010.

Q :En début de saison, on a beaucoup parlé de demandes de modifications moteurs qui auraient été effectuées par d’autres constructeurs. Pourriez-vous expliquer le processus réglementaire ?

White : Les règles, en ce qui concerne les changements opérés à la spécification d’un moteur homologué, sont très simples. Aucune modification n’est permise sur un moteur homologué sans l’accord préalable de la FIA. C’est la raison pour laquelle on parle de “gel” technologique.

Cependant, cette situation ne veut pas dire que la spécification des moteurs soit totalement statique. Les V8 de F1 sont des mécaniques extrêmement sophistiquées, qui opèrent à la limite de leur enveloppe de performance et de fiabilité. L’installation du moteur et son utilisation évoluent d’une année sur l’autre, les cycles de vie deviennent plus sévères puisque la durée du moteur s’allonge alors que les performances s’améliorent. Chaque motoriste a des raisons légitimes de demander des modifications, qu’elles concernent la fiabilité ou des problèmes de qualité, voire la gestion d’un changement dans la chaîne d’approvisionnement. Les demandes prennent la forme d’une explication précise de la raison pour laquelle le changement est souhaité, plus une description de la modification (incluant des dessins de toutes les pièces modifiées), ainsi qu’une estimation des effets escomptés.

D’après notre expérience, la FIA examine en profondeur chaque demande et, avant de donner son feu vert, en accord avec le règlement sportif, elle consulte les autres motoristes. C’est un système qui fonctionne bien pour gérer dans modifications qui, dans l’environnement complexe que constituent les moteurs, restent modestes en termes de quantité et d’envergure.