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Juger les autres

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Je comprends : la planète se meurt. Il y a des trous dans la couche d’ozone, les glaciers fondent, les ours polaires agonisent, le soleil est en train de brûler la terre et tout ce qui s’y trouve et nous dévorons tranquillement toutes les ressources. Oui, je regarde le tableau dans son ensemble. Je recycle tous les trucs en papier et plastique, je prends des sacs réutilisables pour mes lunchs et l’épicerie, je bois de l’eau filtrée pour diminuer le flot de bouteilles en plastique, et je suis consciente que je laisse des lumières allumées à la maison et que je fais fonctionner trop d’appareils en même temps.

Et pourtant, je prends ma voiture pour aller au travail tous les matins.

Et on me juge.

Je ne parle pas de gens qui le mentionnent dans une conversation amicale, du genre : « est-ce que tu as déjà pensé à conduire un peu moins? ». Je parle de regards haineux et même de cyclistes qui me font un doigt d’honneur quand je passe au centre-ville en camionnette. Une fois, un piéton a cogné sur ma fenêtre pendant que j’étais arrêtée à un feu rouge dans une Ford F-350 SuperDuty pour me demander si je pouvais arrêter de tuer la planète et éteindre mon moteur.

Oubliez la conversation polie avec les écolos. Et dès que je leur explique mon métier, je deviens la main du diable. Je conduis des meurtriers de la terre, arrachés des profondeurs de l’enfer pour nous détruire tous, une accélération à la fois. Je suis une partie du problème, car je fais la promotion du transport motorisé, alors que je devrais condamner tout véhicule qui n’est pas entièrement électrique ou, encore mieux, un vélo.

J’ai appris à me la fermer. Apparemment, le fait que j’habite à 60 km du boulot (120 km en une journée) n’excuse en rien mon besoin de conduire (je devrais faire 25 minutes de vélo pour me rendre à la gare, prendre un train pendant 45 minutes, ensuite un métro pendant 35 minutes, puis marcher 20 autres minutes, voyons!) Et même le fait qu’il n’y ait pas d’épicerie à distance confortable de marche/bicyclette ne réussit pas à les faire taire : « Va à l’épicerie à pied chaque jour. Achète au fur et à mesure au lieu de te faire des provisions et d’acheter tout en un voyage ».

Euh, non.

J’aime avoir du lait dans le frigo quand j’en ai besoin. Je n’aime pas ouvrir le contenant pour ajouter du lait à mon thé, constater qu’il est vide, partir à pied en direction de l’épicerie et revenir deux heures plus tard… pour boire un thé froid. Ce n’est pas ce que j’appelle un beau dimanche après-midi.

Et pourtant, je tue toujours la planète à petit feu. À tous les cyclistes, usagers des transports en commun et piétons, je vous demande : combien de fois prenez-vous l’avion? Un vol de trois heures peut produire jusqu’à 250 kg de CO2. Combien d’écolos antichar possèdent un téléphone cellulaire? Des recherches ont démontré que l’utilisation du cellulaire tue les abeilles. Les ondes électromagnétiques les empêchant de retrouver la ruche, ce qui a un effet direct sur les cultures mondiales. Combien d’entre eux mettent un sac de poubelles à la rue chaque semaine, destiné à languir dans un dépotoir pendant des décennies? Saviez-vous qu’on peut transformer les déchets en électricité?

Vous pouvez bien rire de mes voitures, désapprouver mes événements médiatiques et même me sermonner parce que je ne vais pas à l’épicerie à pied (franchement), et vous pouvez me juger. Mais jusqu’au jour où votre empreinte carbone est nulle, où vous n’utilisez que des produits durables et des ressources renouvelables, ne mangez que des aliments bio et de la viande élevée en liberté et vous vous débarrassez de votre cellulaire, je ne suis pas certaine que le titre « écologiste hypocrite » soit un surnom que vous désirez vraiment porter.