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Nissan dur de la feuille?

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Texte mis à jour le 26 avril 2010.

L’article de mon collègue Marc Bouchard m’a jeté par terre. J’y apprenais que Nissan pourrait ré-évaluer à la baisse le potentiel de ventes de la Leaf au Canada, si le gouvernement fédéral n’offre pas de crédits à l’achat. Autrement dit, sans subsides gouvernementaux, on trouverait moins Leaf chez nos concessionnaires Nissan.

Au cas où vous auriez eu la tête enfouie dans le sable durant les 36 derniers mois, la Nissan Leaf deviendra bientôt la première voiture à propulsion 100% électrique de l’ère moderne commercialisée à grande échelle par un grand fabricant. Une voiture « verte », quoi. Aussi verte qu’une feuille… d’érable, tiens!

Or, pour bien comprendre les dessous de l’imbroglio qui s’annonce, remettons les choses en contexte. D’abord, il faut savoir que le 30 mars dernier, Nissan a annoncé que sa merveille verte se vendra 32 780 USD aux États-Unis. Chez nous, cela représente un prix de base d’environ 35 000-37 000 de nos dollars. C’est pas donné…

Par ailleurs, le gouvernement Obama offrira un crédit de taxe fédérale de 7500 $ aux acheteurs américains, auquel s’ajoutera dans certains États un subside local additionnel. En Californie, par exemple, un crédit de taxes de 5000 $ sera consenti, ce qui rendra la Leaf aussi abordable qu’une vulgaire Altima 2.5 S (version américaine).

Toute cette aide consentie par les différents paliers de gouvernement aux États-Unis amène le vice-président exécutif de Nissan et responsable des Amériques, Carlos Tavares, à lier les programmes d’aide gouvernementale à la réussite du lancement de la Leaf. Voilà pourquoi la semaine dernière, devant des journalistes automobiles canadiens réunis au Salon de l’auto de New York, il a affirmé : « ce genre d'aide financière est indispensable pour une période de 3 à 5 ans. Si nous ne sommes pas capables de l'obtenir, nous pourrions bien choisir de ne pas aller dans les territoires qui ne l'offriront pas ». Conséquemment, la Leaf pourraient être plus rare sur notre marché qu'on ne le souhaiterait, nous a expliqué le porte-parole de Nissan Canada, Didier Marsaud.

Indirectement, M. Tavares reconnaît que la Leaf est chère. Sinon, il ne se lancerait pas dans un bras de fer avec notre gouvernement. Mais voilà, les États-uniens, eux, peuvent jouer au jeu de la géographie politique parce que Nissan a des usines d’assemblage chez eux, entre autres celle du Tennessee qui assemblera des Leaf. Au Royaume-Uni, c’est la même chose. Des subsides contre des emplois c’est logique, lorsqu’on sait que l’usine de Sunderland assemblera aussi des Leaf. Mais au Canada, contre quels emplois le gouvernement Harper pourrait-il échanger des subsides?

Alors, pour faire passer la pilule, Nissan pourrait peut-être rebaptiser sa voiture « Maple Leaf ». Ou encore, remplacer le logo circulaire qui orne l’avant de la voiture par la tête souriante d’un castor. La métaphore convient. Après tout, le volet avant, sous lequel se cache la prise qui permet de recharger la batterie, ne ressemble-t-elle pas aux palettes acérées de notre rongeur national? Et puis, ce travailleur aussi sympathique qu’infatigable, qui bâtit sans relâche ses barrages, représenterait bien une « Maple Leaf »; elle qui, recharge après recharge, transporterait fidèlement ses gentils proprios respectueux de l’environnement. J’imagine déjà l’édition spéciale à intérieur rouge et blanc que Nissan baptiserait : « Maple Leaf Unifoliée »!

En fait, la monnaie d’échange se trouve peut-être là, M. Harper. Ces citoyens écolos jusqu’à l’os (ou la palette), qui se déplaceraient au volant de leur « Maple Leaf » contribueraient à contrebalancer une source importante de pollution, disons, celle qu’engendre l’exploitation des sables bitumineux de l’Athabaska! Qu’en dites-vous?

Quoi qu’il en soit, ce bras de fer nous révélera bientôt qui des deux, Harper ou Tavares, sera le plus dur de la… feuille!

Fait à noter, le 22 avril 2010, le quotidien Financial Times Deutschland rapportait les propos d'un dirigeant de Nissan Europe, Florian Wunsch, qui affirmait que Nissan reporterait le lancement de la Leaf en Allemagne « en raison de l’absence de subventions gouvernementales ». Elle serait commercialisée à partir d’octobre 2011, plutôt qu'en décembre 2010. Une autre partie de bras de fer, là aussi?!