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Où cela s'arrêtera-t-il ?

Où cela s'arrêtera-t-il ?

La paranoïa de l'espionnage met la Formule 1 en péril. Par ,

La paranoïa de l'espionnage met la Formule 1 en péril.

Même si le patron de l'écurie Ferrari, Jean Todt, a qualifié de clémente (terme employé en anglais : soft) la sanction imposée à McLaren à la suite du récent roman d'espionnage, n'empêche que le retrait de ses points au championnat des constructeurs et l'amende de 100 millions de dollars imposée à l'écurie de Ron Dennis fait terriblement mal. Ce triste épisode engendrera certainement un climat de suspicion malsain au sein des écuries de Formule 1.

Pedro de la Rosa, pilote d'essais de l'écurie McLaren-Mercedes

Rappelons rapidement les faits. À la fin de 2006, la Scuderia Ferrari est restructurée après le départ de certains hauts gestionnaires. Ainsi, Mario Almondo est promu au poste de directeur technique, passant devant le Britannique Nigel Stepney qui se sent rétrogradé. Stepney désire donc changer d'équipe, mais Ferrari s'y oppose. Stepney contacte alors le concepteur en chef de McLaren, Mike Coughlan, pour l'intéresser à proposer leurs services à une autre écurie. Pour prouver qu'il n'arrive pas les mains vides, Stepney transmet à Coughlan un imposant dossier de 780 pages sur les secrets de conception et de réglage de la Ferrari 2007. Coughlan, curieux, consulte le document et découvre des choses intéressantes. Il communique certains renseignements au bureau d'étude et au pilote d'essais McLaren, Pedro de La Rosa. S'ensuit des échanges électroniques qui confirment que des gens de McLaren, y compris Fernando Alonso, savent des choses extrêmement précises sur la Ferrari. Le pot aux roses est découvert quand l'épouse de Coughlan fait numériser sur deux CD le fameux dossier dans un magasin de photocopies en Grande-Bretagne. Comble de malheur, l'employé est un fan de Ferrari... Les fuites deviennent de plus en plus nombreuses. La FIA prend l'affaire très au sérieux. Le 13 septembre dernier, le Conseil mondial déclare l'écurie McLaren coupable de s'être servi de renseignements secrets de sa rivale. McLaren perd tous ses points au championnat des constructeurs et doit payer une amende de 100 millions de dollars.

À notre époque, tous les courriels, les SMS et les appels effectués au moyen d'un téléphone cellulaire peuvent être captés et identifiés par les autorités judiciaires. C'est ce qui a été fait dans cette histoire d'espionnage. Comment peut-on alors faire la distinction entre des conversations banales et de véritables échanges de renseignements techniques ou sportifs ? Si un ingénieur désire changer d'équipe, comment peut-on éviter le transfert de technologies ? On ne peut tout de même pas vider sa mémoire avant qu'il ne quitte l'équipe ! Aujourd'hui, tout se sait, voilà le vrai problème. Il y a de cela 30 ans, le bureau d'étude d'une écurie de F1 était constitué d'une dizaine d'ingénieurs capables de tout créer de la voiture. Maintenant, les plus grosses équipes, McLaren, Ferrari et Toyota, emploient chacune plus de 1000 personnes ! Un département d'aérodynamique emploie plus de 60 spécialistes à lui tout seul ! Comment contrôler les personnes avec qui ces gens discutent ? Et de quoi parlent-ils ?

À la suite à ce jugement, la Formule 1 risque bien de s'enliser dans un climat malsain de suspicion. Le degré de paranoïa atteindra des niveaux insoupçonnés. Les photographes pourraient bien être chassés des stands, et les journalistes seraient tenus à l'écart. Ce qui agace, c'est que d'autres cas douteux sont passés sous silence. L'été dernier, Christian Klien, pilote d'essais Honda, a effectué un essai à bord d'une Spyker à moteur... Ferrari ! Mystérieusement, les deux parties ont approuvé ce test. L'an dernier, les écuries de F1 n'ont pu percer le mystère du fameux système de Mass Damper de Renault, malgré les confidences faites par d'anciens mécanos de l'écurie française. Ferrari ne s'est alors pas gênée pour déclarer qu'elle jugeait cette solution technique illégale. Le Conseil mondial a alors interdit le dispositif, et Renault a dû le démonter de ses voitures.

En terminant, rappelons que ce n'est pas McLaren qui a volé des renseignements à Ferrari, mais bien un employé à la solde de Ferrari qui a décidé, de son plein gré, de refiler des renseignements confidentiels à une équipe adverse. Le Conseil mondial a précisé qu'une écurie était pleinement responsable du comportement de ses employés. Si McLaren a été jugée responsable des agissements de Coughlan, alors pourquoi Ferrari n'est-elle pas jugée responsable des actes de Stepney ? Pourquoi faire payer McLaren si cher pour s'être servi de ces renseignements provenant d'un employé de Ferrari ?
photo:Mercedes-Benz