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VÉ chinois au Canada: l’électrique abordable devra attendre

Trois modèles électriques de BYD | Photo : BYD
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Derek Boshouwers
Le nouveau quota canadien pourrait d’abord favoriser les modèles les plus rentables plutôt que les plus abordables.

Le Canada a rouvert, de façon encadrée, son marché aux véhicules électriques assemblés en Chine. Depuis l’annonce du 16 janvier 2026, Ottawa prévoit un contingent initial de 49 000 VÉ par année pouvant entrer au pays au tarif de la nation la plus favorisée, soit 6,1 %, en remplacement de la surtaxe de 100 % appliquée auparavant. 

Sur le plan politique, cette approche a été présentée comme une façon d’élargir graduellement l’offre de véhicules électriques au Canada. Dans les faits, rien ne garantit que les premiers modèles qui seront commercialisés ici seront les plus abordables pour les consommateurs.  

Pourquoi le cadre favorise les modèles plus chers
Le cœur du dossier se trouve dans la logique même du quota. Lorsqu’un constructeur n’a accès qu’à un nombre limité d’unités importées à tarif réduit, chaque véhicule devient beaucoup plus stratégique. Dans ce contexte, il est généralement plus rentable de remplir ce volume contingenté avec des modèles à plus forte marge — VUS électriques, berlines technologiques ou multisegment bien équipés — qu’avec de petites voitures d’entrée de gamme. Cette logique commerciale ne découle pas d’une obligation explicite du gouvernement, mais elle s’impose presque naturellement lorsque le volume autorisé est plafonné.  

Pour les marques chinoises, les coûts d’entrée sur le marché canadien restent élevés : homologation, logistique, conformité réglementaire, marketing, mise en place d’un réseau de distribution et service après-vente. Dans un tel environnement, le calcul est simple : mieux vaut vendre moins de véhicules, mais à un prix plus élevé, plutôt que d’utiliser un quota limité pour des produits à faible marge. Ce volume initial de 49 000 unités représente moins de 3 % du marché canadien des véhicules neufs, après tout.

Voilà pourquoi la première vague de VÉ chinois au Canada pourrait davantage ressembler à une offensive de positionnement qu’à une révolution du véhicule électrique bon marché. 

Ce que prévoit le plan canadien
Ottawa soutient que ce nouveau système doit aussi encourager l’arrivée de modèles plus accessibles. Le gouvernement précise que la part du quota réservée aux véhicules dits abordables — définis comme des VÉ ayant un prix à l’importation de 35 000 $ CA ou moins — atteindra 50 % d’ici 2030. 

Autrement dit, si le mécanisme prévoit une montée de cette part à long terme, les consommateurs ne verront pas rapidement arriver un grand nombre de modèles à bas prix en concession dès 2026.  

Il faut aussi rappeler qu’un prix à l’importation ne correspond pas au prix final affiché chez le concessionnaire. Entre les coûts de transport, les frais de distribution, le positionnement produit, les marges du constructeur et des concessionnaires ainsi que le niveau d’équipement, un véhicule respectant un seuil réglementaire à l’entrée peut très bien se retrouver à un prix final nettement supérieur à ce que le public associe à un VÉ « abordable ». 

Deux modèles électriques de Geely
Deux modèles électriques de Geely | Photo : Geely

Aide fédérale à l’achat : un autre frein au « VÉ chinois pas cher »
Il faut aussi mettre ce dossier en parallèle avec le nouveau Programme d’abordabilité des véhicules électriques (EVAP) du fédéral, qui prévoit des incitatifs allant jusqu’à 5000 $ pour les véhicules électriques à batterie et à pile à combustible, et jusqu’à 2500 $ pour certains hybrides rechargeables. 

Le programme s’applique aux transactions admissibles depuis le 16 février 2026 et vise les véhicules dont la valeur finale de transaction est de 50 000 $ ou moins, sauf exception pour certains modèles fabriqués au Canada. Surtout, l’admissibilité repose sur l’origine : les véhicules doivent être fabriqués au Canada ou dans un pays ayant un accord de libre-échange avec le Canada.  

Cela complique encore davantage la promesse d’un VÉ chinois réellement abordable pour l’acheteur canadien. Même si un constructeur chinois réussit à faire entrer un modèle sous quota, cela ne veut pas dire que ce modèle profitera aussi de la nouvelle aide fédérale à l’achat. 

En pratique, le consommateur canadien pourrait donc voir arriver des produits intéressants, mais pas forcément subventionnés de la même façon que certains modèles provenant du Canada ou de pays partenaires en libre-échange. Là encore, le résultat probable est un positionnement moins « bas prix » que ce que plusieurs imaginent.  

Ce que les acheteurs canadiens doivent retenir
Les consommateurs qui espéraient une démocratisation immédiate du véhicule électrique abordable devront probablement attendre encore, le temps que le quota évolue, que les exigences sur les modèles « abordables » prennent plus de poids et que les marques sécurisent leur implantation au Canada.  

Vos questions

Le Canada autorise-t-il les VÉ chinois en 2026 ?
Oui. Le Canada a annoncé en janvier 2026 un contingent initial de 49 000 véhicules électriques assemblés en Chine par année, au tarif NPF de 6,1 %.  

Les VÉ chinois seront-ils moins chers au Canada ?
Pas nécessairement à court terme. Le système de quota favorise d’abord les modèles les plus rentables, et le cadre fédéral d’aide à l’achat ne s’applique pas automatiquement aux véhicules fabriqués en Chine.  

Quel est le seuil pour les VÉ “abordables” dans le quota canadien ?
Le gouvernement fédéral parle d’un seuil de 35 000 $ CA ou moins à l’importation, avec une part réservée qui doit atteindre 50 % d’ici 2030.  

Les VÉ chinois peuvent-ils recevoir la subvention fédérale canadienne ?
Le programme EVAP vise les véhicules fabriqués au Canada ou dans des pays ayant un accord de libre-échange avec le Canada. Cela limite l’accès des véhicules assemblés en Chine à cette aide.

Le Lotus Eletre pourrait être un des premiers modèles à être importés de la Chine au Canada.
Le Lotus Eletre pourrait être un des premiers modèles à être importés de la Chine au Canada. | Photo : Lotus
Derek Boshouwers
Derek Boshouwers
Expert automobile
  • Plus de 8 ans d'expérience en tant que journaliste automobile
  • Plus de 50 essais réalisés au cours de la dernière année
  • Participation à plus de 30 lancements de nouveaux véhicules en carrière en présence des spécialistes techniques de la marque