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Adieu à la Dodge Viper

Adieu à la Dodge Viper

La Viper comme je la vois et ce que le chef du design Ralph Gilles en dit Par ,

Je me rappelle parfaitement la première fois où j’ai entendu l’appel de la Dodge Viper. J’avais à peine l’âge de conduire et mon idole de la course automobile, le défunt Greg Moore, s’était acheté un exemplaire bleu et blanc de l’année 1997.

Je n’ai pas cherché à comprendre pourquoi. Je savais que si un pilote de sa trempe avait choisi la Viper, c’est parce qu’elle ressemblait à l’animal dont elle emprunte le nom : agile, souple, difficile à contrôler et potentiellement dangereuse dans de mauvaises mains.

Un jour, il me fallait absolument l’essayer.

On dirait bien que j’ai de la chance, car Fiat Chrysler Automobiles a annoncé que l’année-modèle 2017 marquera le chant du cygne de la Dodge Viper. Ma première occasion d’en conduire une, lors d’un événement médiatique organisé par le constructeur à son centre d’essais de Chelsea, dans le Michigan, a donc vraisemblablement été ma dernière.

De l’extérieur, un simple regard en direction de la Viper suffit toujours à me faire perdre la tête. Mes genoux ont aussi commencé à trembler quand je me suis rapprochée de la voiture et que j’ai agrippé la poignée de porte.

En me glissant à bord, j’ai une fois de plus porté attention à mes genoux, car j’avais l’impression de les avoir écrasés contre mon torse, qui est tellement grand que la ligne du toit m’arrivait au nez. Non, l’habitacle de la Viper n’est pas confortable, mais je m’en fous.

J’ai démarré le moteur et rejoint le parcours d’autocross. Après quelques virages, mon excitation s’est transformée un peu en déception. J’ai découvert que la Viper se comportait étonnamment bien sur une piste serrée. Je m’attendais à lutter avec elle, mais ce n’était pas le cas. Elle a enchaîné les courbes avec grâce et soumission. 

Avec n’importe quelle autre voiture, j’aurais été satisfaite, mais on parle d’une Viper!

Je suis alors rentrée aux puits pour réfléchir à tout ça et essayer de comprendre ce qui n’avait pas marché. C’est à ce moment précis que le chef du design mondial de FCA, Ralph Gilles, est passé par-là. Je lui ai demandé s’il pouvait me décrire ce que la Dodge Viper signifiait pour la compagnie. Après avoir essuyé une larme imaginaire, il m’a proposé de répondre à ma question en allant faire un tour.

« Quand la Viper a été lancée, elle a énormément aidé Chrysler en montrant au monde que nous avions une âme, m’a-t-il raconté. J’ai toujours aimé la Viper parce qu’elle représente les gens les plus passionnés à l’intérieur de la compagnie. Chaque membre de l’équipe y consacre plus d’effort que la normale. C’est une très petite équipe, mais qui réalise de grandes choses. »

Bien que la Dodge Viper doive surtout sa notoriété à ses moteurs V10 en aluminium, du moins sur le plan technique, Gilles affirme qu’elle est responsable de plusieurs autres innovations au sein de Chrysler. « Elle nous a appris à utiliser de la fibre de carbone, de l’aluminium étampé à chaud et du magnésium », a-t-il expliqué.

Toutefois, ce qui fascine surtout le grand manitou du design, c’est le lien très serré que la Viper a tissé entre le constructeur et les amateurs.

« Nous côtoyons nos clients de façons bien particulières. Nous sortons avec eux, nous participons ensemble à des événements et nous faisons exprès de nous immiscer dans tout ce qui touche à la Viper », m’a déclaré Ralph Gilles.

Il ajoute : « On comprend alors ce que le client attend de la voiture, mais on voit aussi la passion presque au point de pouvoir la toucher. On ramène ça à nos postes de travail et ça nous encourage à aller plus loin. On trouve aussi d’excellentes idées. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons autant de versions et de combinaisons de couleurs. Tout ça vient de nos conversations avec les propriétaires de Viper. »

Parmi les fruits de ces conversations, on note une poignée d’éditions limitées qui célèbrent la 25e et dernière année de production de la Dodge Viper. 

La Viper 1:28 Edition ACR, qui souligne le record de piste pour une voiture de série à Laguna Seca (1:28:64), sera fabriquée en seulement 28 exemplaires. La Viper GTS-R Commemorative Edition ACR, toute de blanc vêtue et agrémentée de bandes bleues, donnera 100 copies. La sombre Viper VooDoo II Edition ACR ne verra que 31 unités sortir de l’usine, alors que la Viper Snakeskin Edition GTC, peinte en vert et en noir avec des motifs de peau de serpent, sera limitée à 25.

« En même temps, (ces clients) nous disent toujours de ne pas changer la voiture, m’a confié Gilles. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Viper est demeurée fondamentalement la même au fil des ans. Beaucoup de gens aiment la formule. Peut-être que l’industrie automobile est passée à autre chose en termes de technologie, mais en ce qui me concerne, je préfère conduire la Viper au lieu de me faire conduire par elle. C’est une voiture qui nous rend fier de ce qu’on réussit à faire au volant. » 

Puis, il a élaboré : « Ce n’est pas une voiture qu’on apprivoise du premier coup; ça prend du temps. Les gens me disent ‘je ne suis pas à l’aise’ et souvent, quelques mois plus tard, ils sont rendus en amour avec elle. Ils savent qu’ils ont conquis la Viper ou qu’ils sont en voie de le faire. Plusieurs bolides de nos jours nous font immédiatement sentir comme des as du volant, mais je parie qu’on s’en lasse rapidement. Moi, je ne me tannerai jamais de la Viper. Je la conduis depuis 15 ans et elle m’intimide encore assez pour garder les choses intéressantes. »

Sur ce, Ralph Gilles a enfoncé l’accélérateur au plancher et s’est empressé d’attaquer les virages, faisant déraper la voiture avant de la ramener dans sa trajectoire au gré d’une superbe cacophonie mécanique.

À la fin, j’en avais le souffle coupé. J’ai alors compris mon erreur : je n’avais pas suffisamment poussé la machine pour exploiter son immense potentiel. Je désirais en apprendre sur la Viper, mais je suis sortie de cette expérience en ayant appris pas mal plus de choses sur l’art de devenir une meilleure conductrice. Je pense que c’est comme ça qu’on doit mesurer la beauté d’une voiture sport.

Malheureusement pour les amateurs comme moi, le sort de la Dodge Viper est décidé depuis bien longtemps. La réduction de la taille des moteurs et l’économie de carburant sont les nouvelles tendances de l’industrie, même du côté des supervoitures, et les gros blocs comme le V10 de 8,4 litres de la Viper prennent rapidement le chemin des oubliettes. 

Le fait que la Viper ait déjà été discontinuée (2010) et ressuscitée (2013) une fois nous donne cependant une lueur d’espoir qu’on reverra ses courbes sensuelles sous une forme ou une autre un de ces jours.

 

Dodge Viper 2017
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Photos :S.Wallcraft
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