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F1: 'Les voitures iront de plus en plus vite', nous explique un ingénieur F1

F1: 'Les voitures iront de plus en plus vite', nous explique un ingénieur F1

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Depuis le début de la saison 2014, les amateurs de Formule 1 se plaignent de nombreux agacements : son étouffé des moteurs V6, vitesse plus lente en virages, nez de fourmiliers inesthétiques, etc.…

La F1 devait-elle adopter une motorisation aussi radicale ? Nous avons discuté de ces sujets brûlants avec Laurent Mékies, ingénieur en chef de la performance des véhicules à la Scuderia Toro Rosso.

F1 Laurent Mékies Scuderia Toro Rosso
Laurent Mékies, Scuderia Toro Rosso (Photo: WRI2)

Question : Les essais hivernaux ont été désastreux pour plusieurs écuries qui peinaient à boucler deux ou trois tours consécutifs. Pourquoi avez-vous connu autant de soucis techniques ?
Laurent Mékies : En fait, on s’attendait à plus de problèmes que ce qu’on a connu. Le changement technique a été réellement majeur. Pourtant, à Melbourne, presque toutes les voitures ont terminé la course. Depuis, on n’a pas vu non plus de voitures abandonner sur les problèmes de batterie. Il y a eu plutôt des problèmes liés au propulseur, à la facilité de conduite et au freinage. Il n’y a pas eu de véritables casses mécaniques ou électriques.

Q : Vous devez quand même protéger les propulseurs, car chaque pilote n’en a que cinq pour disputer toute la saison ?
Mékies : Oui, on essaie de limiter la casse. Si des voitures abandonnent, c’est dans l’ADN de notre sport. Ça fait partie du jeu. S’il n’y avait plus d’abandon, ça ne serait plus un sport mécanique. Techniquement, ce règlement est fabuleux. De passer d’un V8 thermique à un V6 turbo et extrêmement hybride, c’est l’avenir ; c’est ce qui fallait faire. Cela permet aux grands constructeurs automobiles d’être en F1. Que le bruit soit différent, ou que les voitures aillent moins vite, ça ne paraît pas trop à la télévision. Si on regarde dans le passé, la F1 a toujours subi des évolutions. On n’est pas au football où les règles ne changent pas pendant 50 ans.

F1 Jean-Éric Vergne Toro Rosso
Jean-Éric Vergne, Toro Rosso (Photo: René Fagnan)

Q : Le changement radical de règlement était-il inévitable ?
Mékies : Ce nouveau règlement a été fait dans un but technologique. Ça n’a pas été fait pour ralentir les voitures comme on l’a souvent vécu dans le passé. Les règles ont été changées pour avoir un produit plus technologique, et plus acceptable d’un point de vue environnemental. Ce nouveau moteur permet à la F1 de jouer son vrai rôle de catalyseur de haute technologie.

Q : Oui, mais les amateurs dénoncent le fait que les voitures 2014 sont plus lentes que l’an dernier, et même parfois plus lentes que les voitures de série GP2 !
Mékies : Le règlement technique a un impact sportif super intéressant. Cela mène à un plus grand nombre de dépassements, parce qu’il y a une gérance de l’énergie à faire à bord des voitures. Après, c’est vrai, on peut ne pas aimer le bruit des voitures, mais pour moi, c’est secondaire. Mais attention : les voitures ne sont pas moins vite à cause du propulseur, mais à cause d’une grosse perte des appuis aérodynamiques.

Q : Comment percevez-vous l’avenir de ce moteur V6 turbo hybride ?
Mékies : Un changement de règlement aussi majeur a été décidé pour le long terme. On sait que, historiquement, on arrive à faire rouler les voitures de plus en plus vite, année après année. Il y a toujours une progression des performances ; c’est inévitable, et on le verra avec ces voitures turbo hybrides. Ces voitures iront de plus en plus vite. On va récupérer des appuis et les propulseurs seront de plus en plus puissants et efficaces.

F1 Daniil Kvyat Toro Rosso
Daniil Kvyat, Toro Rosso (Photo: René Fagnan)