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L'automobile de collection, une valeur sure?

L'automobile de collection, une valeur sure?

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« C'est à cause de la démographie », vous dira le professeur David Foot, démographe à l'Université de Toronto et auteur de Boom, Bust and Echo, une étude sur l'influence de la démographie et du baby-boom sur nos vies de tous les jours.

Classique cabriolet Ferrari 275 GTS 1965, invendue chez Gooding & Co. à 340 000$. Il faut dire que c'était la dernière vente de la journée.

Boomers collectionneurs
Ce sont en effet les baby-boomers qui sont à l'origine de l'engouement pour l'automobile de collection. Certes, le collectionneur a toujours existé, mais c'est la forte demande provoquée par l'arrivée des boomers à l'âge de la retraite qui explique l'envolée des prix. Des boomers plus fortunés que leurs parents, vivant plus longtemps et qui, arrivés au « troisième âge », se souviennent avec nostalgie de leur « premier âge » et décident d'y retourner, ne serait-ce qu'au volant d'une Chevrolet Bel Air, d'une Corvette Sting Ray, d'une Mustang, d'une Jaguar ou d'une Alfa Romeo.

Avec l'augmentation de la demande, vient donc l'augmentation des prix et l'éclosion de toute une industrie cherchant à profiter de cette nouvelle manne.

Symphonie en rouge : Chevrolet Bel-Air 1955 (41 800 $) et cabriolet Buick Roadmaster 1957 (75 250 $) chez RM Auctions.

C'est ainsi qu'en janvier tous les ans, le désert de l'Arizona devient une fourmilière où se donnent rendez-vous des centaines de milliers d'amateurs et de marchands qui gravitent autour de l'automobile de collection. Ils viennent assister non pas à une ni à deux mais à six enchères consacrées à l'automobile.

L'an dernier, en 2008, il s'est dépensé 163 millions de dollars en une semaine à Scottsdale, chef-lieu de cette grande foire automobile, sans compter les commissions que récoltent les maisons d'enchères auprès des vendeurs ET des acheteurs. Une affaire en or qui a permis à un modeste garagiste de Chatham, en Ontario, de bâtir un empire. Son nom, Rob Myers. Son entreprise RM Auctions étant aujourd'hui la plus grande maison de ventes aux enchères par catalogue au monde.

Cabriolet Buick Roadmaster 1949 à l'imposante dentition chromée; vendu chez RM à 66 000 $.

La bourse ou l'automobile?
Voilà pour la mise en scène. Et maintenant analysons quelques chiffres pour voir si cette passion devenue industrie suit les mêmes règles que les autres secteurs de l'économie. En bref, est-ce que l'automobile de collection est touchée par la crise financière et économique mondiale? Et est-ce que l'automobile de collection est une valeur sure?

Nous disions donc qu'il s'est dépensé 163 millions de dollars en Arizona en janvier 2008. Pour 2009, le total s'est élevé à 135,2 millions (17 p. 100 de moins), une baisse assez modeste quand on pense aux sérieuses dégringolades qui sévissent partout ailleurs.

Dragster Chevrolet 409... « le plus rapide 409 au monde », exposé chez Barrett-Jackson.

Dans la gamme des voitures « abordables », nous avons comparé chez Barrett-Jackson un lot de coupés Chevrolet Bel Air, de Chevrolet Camaro Z28 et de cabriolets Ford Thunderbird (années 50 et 60) et calculé une moyenne de prix.

  2008 ($) 2009 ($)
 Chevrolet Bel Air 71 500 44 900
 Chevrolet Camaro Z28 61 400 66 275
 Ford Thunderbird 61 600 65 740

Si la Bel Air a chuté, la Camaro et la Thunderbird ont augmenté. Donc, rien de dramatique.

Chez RM Auctions, un rare camion familial International R-140 4x4 1954 (143 000 $), accompagné d'un beau roadster Mercedes 300 SL 1957 (invendu à 430 000 $).

Dans le haut de gamme, pas possible de faire des moyennes car les modèles sont souvent uniques. Mais voici quand même quelques indications :

Talbot-Lago T150 1939 (Bonhams, août 2008) : 4,8 millions $
Talbot-Lago T150 1937 (Gooding, janvier 2009) : 3,5 millions $

Autre point de comparaison, les valeurs estimées par rapport aux prix de vente. Deux exemples : Alfa Romeo Giulia TZ-1, estimée entre 550 et 650 000 $, vendue à 440 000 $; coupé Bugatti Type 57 1936, estimé entre 500 et 600 000 $, vendu à 396 000 $.

Mercedes-Benz 300 SL

À cette baisse constatée des ventes et des valeurs, ajoutons la présence de quelques prestigieuses invendues qui témoignent aussi de la mollesse de ce segment du marché :

  Estimation ($) Invendue à ($)
 Bugatti Atalante 1937 ND 4,5 millions
 Corvette Grand Sport 1963 6 à 7 millions 4,9 millions
 Ferrari 250 GT TdeF 1958 2 à 2,5 millions 1,8 million
 Thomas Flyer 1910 1 million 675 000
 Mercedes 300SL 600 à 700 000 500 000

Certes, ces quelques chiffres ne constituent pas une rigoureuse étude statistique, mais il nous est permis de dégager quelques conclusions :
  • L'automobile de collection attire des foules considérables.
  • Certes plus de spectateurs que d'acheteurs, mais la baisse générale de 17 p. 100 pourrait presque être interprétée comme une bonne nouvelle lorsqu'on la compare aux autres indicateurs.
  • Les voitures abordables semblent bien tirer leur épingle du jeu...
  • ... par opposition au très haut de gamme qui subit une baisse de prix et qui manque d'acheteurs.
Quand l'automobile était aussi art : Phaéton 5 occupants Cadillac V12 1931 (134 750 $ chez RM).

En somme, on n'hésite pas encore à se procurer une Thunderbird à 60 000 $, mais on préfère attendre avant de se soulager de 2 millions de billets verts pour une Ferrari 250 GT Tour de France.

Alors, messieurs, mesdames, votre voiture de collection se porte mieux que vos actions à la bourse. Et pour l'avenir prévisible, c'est-à-dire que tant que les boomers seront en vie, l'automobile de collection est portée à augmenter de valeur. Enfin, si vous avez des millions qui dorment quelque part, c'est le moment de les échanger pour un grand classique à « prix d'aubaine ». Mais comme toujours, achetez la tête froide et les deux pieds solidement plantés au sol et faites attention aux magouilleurs qui réussissent encore à refiler aux âmes naïves - ou trop enthousiastes - un navet bien maquillé.
photo:Alain Raymond
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