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Lettre troublante envoyée par Jochen Rindt à Colin Chapman

Lettre troublante envoyée par Jochen Rindt à Colin Chapman

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Le blogue du site web Axis of Oversteer affiche une photo et une lettre envoyées par Jochen Rindt à Colin Chapman faisant état des craintes qu’avait le pilote autrichien à propos de sa Lotus de Formule 1.

Un peu d’histoire maintenant.

Colin Chapman était reconnu pour fabriquer les voitures de courses très performantes, mais manquant cruellement de fiabilité. Sa traque aux kilos superflus était légendaire. Selon Chapman, une bonne voiture était celle qui cassait dès que la ligne d’arrivée était franchie.

Accident dramatique de Jochen Rindt à Barcelone en 1969. (Photo: Axis of Oversteer)

Lors du Grand Prix d’Espagne tenu sur le circuit urbain du parc de Montjuic à Barcelone le 4 mai 1969, les supports de l’aileron arrière de la Lotus 49B de Rindt cassèrent net, expédiant la monoplace dans les rails de sécurité. Rindt fut blessé à la tête.

Pourtant, 11 tours auparavant, un bris identique avait éliminé la Lotus de son coéquipier, Graham Hill, avec moins de conséquences toutefois.

Quelques jours plus tard, Rindt envoya une lettre à Chapman dans laquelle il lui dévoila ses craintes à propos de la faiblesse chronique de certaines composantes de la voiture.

Traduction de cette lettre :

« Le 9 mai 1969

Cher Colin,

Je reviens de Genève et j’aurai une deuxième opinion sur l’état de ma tête demain. Personnellement, je me sens très faible et malade. Je dois encore m’allonger durant presque toute la journée. Quand j’aurai vu le nouveau docteur et entendu son verdict, nous prendrons une décision quant à Monaco et Indy.

J’ai mis la main sur cette incroyable photo qui explique la raison de l’accident. Je n’aurais jamais cru m’envoler aussi haut. Robin Herd a semble-t-il vu l’aileron s’envoler, mais il n'a pas pu voir l’accident, car il est survenu plus loin dans le virage.

Mais parlons de la situation, Colin. Je cours en F1 depuis maintenant 5 ans et je n’ai commis qu’une erreur (en harponnant Chris Amon à Clermont-Ferrand) et j’ai eu un accident, à Zandvoort, suite à un bris de sélecteur de vitesses. À part cela, je suis toujours parvenu à éviter les ennuis. Mais tout cela a rapidement changé quand j’ai rejoint votre équipe : Levin, les triangles de suspension en F2 à l’Eifel et maintenant Barcelone.

Honnêtement, vos voitures sont tellement rapides qu’elles seraient toujours compétitives même avec quelques livres en plus afin de solidifier les pièces les plus fragiles. De plus, je crois que vous devriez passer un peu plus de temps à vérifier ce que font vos employés. Je suis convaincu que les triangles de suspension de la F2 auraient été différents. Réfléchissez bien à ma suggestion. Je ne peux conduire qu’une voiture en laquelle j’ai confiance. Et je sens que je suis sur le point de perdre toute confiance.

Meilleures salutations. »