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Perdus dans la brume

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Je ne suis pas un puriste. Loin de là. Mais la langue française représente mon gagne-pain depuis plus de 40 ans. J’ai donc appris à la respecter, à en apprécier les subtilités et la très grande précision. Certes, ses règles grammaticales sont parfois… pénibles (restons polis), mais son vocabulaire n’est pas plus difficile à apprivoiser que celui d’une autre langue.

Et puisque nous parlons « automobile », précisons que le langage automobile est né avec le premier véhicule automobile, en France (Cugnot, 1769), puis en Allemagne (Karl Benz, 1885). Non pas en Angleterre. Et sûrement pas aux États-Unis.

Ce petit prélude historique me mène à un récent épisode que j’ai vécu chez mon concessionnaire auquel j’avais confié ma voiture pour l’entretien des freins. « Votre voiture est prête, monsieur Raymond. Nous avons aussi remplacé les ‘pins des brakes qui étaient jammés’ ». « Ah, bon? », répond ledit M. Raymond, avec le sourire en coin… Je passe ensuite au comptoir des pièces où j’avais commandé une lentille pour remplacer celle de mon antibrouillard fracassée par une roche. « Un instant », me dit le préposé, « je vais chercher votre ‘phare à brume’… ». Mon « phare à brume »! En 2009, « phare à brume »? Après des décennies de Loi 101, des dizaines de publications québécoises qui parlent d’automobile, des années de Grand Prix à Montréal et des efforts sans doute coûteux de francisation, on me parle encore de « phare à brume » (comme dans fog light). Et l’antibrouillard, il est fait pour qui? Pour les anglophones, allophones et autres « phones » à qui nous reprochons trop facilement de ne pas parler NOTRE langue?

Faut-il en rire ou en pleurer? Faut-il pousser une gueulante, lancer le misérable « phare à brume » au visage du malheureux préposé ou de son collègue aux « pins de brake jammés »? J’ai choisi plutôt de vous en parler. Vous déciderez quoi faire.