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Que sont devenus les camionneurs?

Que sont devenus les camionneurs?

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Au moins une fois par semaine, j’emprunte l’autoroute transcanadienne, ou, plus couramment, la 401. Un mal nécessaire pour une vie passée surtout derrière le volant, que je rapporte une voiture de presse ou m’en aille à l’aéroport : on ne peut aller du point A au point B sans prendre la 401.

Ce qui, jadis, n’était qu’un long trajet est devenu un périple toujours plus frustrant et carrément dangereux. Quatre à six voies de conducteurs mal formés, ignorants et criminellement inconscients convergent en un étalage de toutes les mauvaises habitudes imaginables : textos, changements de voie illégaux, squattage de la voie rapide, collage au train… pied nu et crotté accoté sur le rebord de fenêtre (eh oui, c’était le conducteur).

Si seulement, comme mon collègue Matt réclame souvent, nous pouvions adopter les pratiques disciplinées des Allemands et la chorégraphie merveilleusement bien orchestrée de l’Autobahn.

Et dernièrement, pour couronner le tout, le nombre de camions remorque semble avoir décuplé. Je ne parle pas des Peterbilt ordinaires, mais bien des gigantesques trains routiers. Hier, j’ai vu deux voies de circulation fluide paralyser instantanément, se transformant en mer de feux rouges, quand un de ces mastodontes a décidé d’en dépasser une autre.

Je me souviens quand les camionneurs méritaient un certain respect. Ils avaient une réputation de professionnels responsables, voire de bons Samaritains, de la route. On pouvait se ranger derrière un de ces gars-là, et il nous mènerait à bon port dans le pire des blizzards. Aujourd’hui, ils relèvent plus du possédé du film d’horreur Duel avec Dennis Weaver.

Au cours d’un trajet de trois heures la semaine dernière, j’ai compté six trains routiers, klaxonné un camion qui s’était brièvement emparé de la moitié de ma voie et esquivé plusieurs carcasses de pneus rechapés, dont une qui a eu le dessus d’un fourgon blanc à une voie de moi.

Notre besoin implacable pour des biens bon marché est-il si écrasant que nous apprenons graduellement à accepter cette situation? Car nous savons que tous frais supplémentaires occasionnés par l’utilisation d’autres moyens de transport plus sécuritaires, comme le train, seront refilés à vous et moi, les consommateurs.

La cerise sur le sundae : je suis restée coincée derrière un camion de gravier qui, afin de « respecter » la loi exigeant que tout chargement soit couvert, avait lâchement fixé une bâche aux quatre coins de la benne, qui se gonflait tellement dans le vent qu’on aurait dit un voilier en haute mer. L’inévitable arriva : une des rafales de roches dans son sillage est venue embrasser mon pare-brise avec un « crac » sonore. D’abord une bonne ébréchure, qui s’est transformée en véritable fente courant le long de la vitre sur une voiture de presse de 40 000 $ qu’on m’avait confiée.

Inacceptable? Je pense que oui. Et je parierais que la plupart d’entre vous sont d’accord.