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F1: 30 années d'évolution en Formule 1, vécues par Dickie Stanford

F1: 30 années d'évolution en Formule 1, vécues par Dickie Stanford

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Responsable des équipes de course et d’essais de l’écurie de Formule 1 Williams, Dickie Stanford est l’un des membres les plus expérimentés de l’équipe anglaise. Il est un témoin privilégié de l’extraordinaire évolution qui a complètement transformé la F1 au cours des trois dernières décennies.

Stanford a commencé en sport automobile en aidant un ami qui courait en Formule Ford en Grande-Bretagne.

Puis, il a grimpé les échelons et a commencé à œuvrer chez Williams en 1985.

Dickie Stanford Williams F1
Les Williams FW11-Honda de Mansell et Piquet au GP d'Angleterre en Silverstone en 1986. Dickie Stanford est appuyé sur le pneu arrière de la voiture de Mansell.. (Photo: WRI2)

Il a travaillé sur les monoplaces de pilotes célèbres tels Keke Rosberg (oui, Keke, le père de Nico), Nigel Mansell, Nelson Piquet, Alain Prost et Ayrton Senna.

« Quand je suis arrivé chez Williams, il n’y avait que 80 employés au total, incluant Frank (Williams) et les concierges. L’équipe de course ne comptait que 25 personnes. C’est très différent d’aujourd’hui avec nos 560 employés », de dire Stanford à Auto123.com.

L'époque folle des moteurs turbos
« La F1 était fort différente à cette époque. Nous ne disposions pas de l’électronique que nous avons aujourd’hui. Nous avions le moteur turbo Honda et la boîte de vitesses longitudinale. L’acquisition de données n’existait pas et les ordinateurs portatifs commençaient à peine à apparaître. Nous nous assoyions avec le pilote qui décrivait ce qu’il sentait de la voiture. Puis, on examinait les pneus et c’était tout. Il s’agissait plus de réglages intuitifs qu’électroniques », de poursuivre Stanford.

Les moteurs turbo V6 de l’époque étaient gavés sans restriction et brûlaient un carburant chimique terrifiant. Ils produisaient une puissance phénoménale, mais avaient aussi tendance à exploser comme des grenades !

« Je crois que nous disposions de 1300 chevaux. Les voitures faisaient patiner leurs roues arrière en sixième vitesse. En course, nous avions environ 850 à 900 chevaux. Toutefois, la bande de puissance était extrêmement étroite et la puissance arrivait avec un bon coup de pied aux fesses ! » de dire Stanford.

Dickie Stanford Williams F1
Dickie Stanford (Photo: WRI2)

« Lors de deux séances d’essais avec Honda, nous avons tenté de bloquer la soupape de décharge de la FW11 comme le faisait BMW. Les ingénieurs de Honda se sont toutefois rendu compte qu’ils parvenaient à mieux contrôler la puissance en ne le faisant pas. Nous ne l’avons jamais fait en Grand Prix », de décrire le Britannique.

L'accident de Frank Williams
Un événement, survenu en mars 1986, a bien failli tout faire chavirer. Après une séance d’essais tenue au circuit Paul-Ricard, Frank Williams a été victime d’un gros accident de la route. Touché à la moelle épinière, Williams est devenu tétraplégique.

« Ça a été dramatique pour l’écurie, car Frank était dans un état critique. Patrick (Head) et les autres membres de la direction -- j’étais un mécanicien à cette époque – nous ont tenus à l’écart. Ils nous donnaient juste assez d’information pour que nous puissions nous concentrer sur notre travail ».

« Toute la vie de Frank a gravité autour du sport automobile. L’important était de poursuivre le travail. Mais je me suis vraiment demandé ‘Est-ce la fin ? Notre patron est dans un état critique. Que va-t-il se passer?’ C’était la première fois que je devais affronter un tel drame, et je dois avouer que l’écurie a très bien géré la situation », d’avouer Stanford.

Dickie Stanford Williams F1
Dickie Stanford avec les pilotes Williams Valtteri Bottas (gauche) et Bruno Senna (droite).(Photo: WRI2)

Les pilotes comme Mansell, Rosberg et Piquet étaient dotés de fortes personnalités.

« Oui, mais ils ont tous été des professionnels. Les gros commanditaires n’étaient pas encore arrivés en F1. Les pilotes avaient encore une vie privée. Aujourd’hui, l’argent est si important que les pilotes doivent faire très attention de ne froisser personne. Durant les années 80, les pilotes étaient plus en contrôle de leurs vies. Je me souviens que Keke et Nigel ne participaient pas à de gros événements pour les sponsors durant les week-ends de course. Ceux-ci étaient plutôt organisés entre les Grands Prix », d’ajouter Stanford.

Les constructeurs automobile

L’arrivée des manufacturiers automobiles majeurs, comme Toyota, BMW et Mercedes, a bouleversé la F1.

« Les essais sont devenus vraiment intensifs au début des années 2000 avec l’arrivée de BMW chez nous. Durant les années 80, nous n’effectuions qu’une séance d’essais majeure aux deux Grands Prix. Avec BMW, nous avions trois voitures d’essais. Nous pouvions faire rouler, en même temps, deux voitures sur deux circuits différents. Nous avions, par exemple, deux voitures au Paul-Ricard et une autre à Monza, » de raconter Stanford.

Cela fait maintenant 28 ans que Dickie Standford œuvre en F1. Il s’y plaît encore.

« Chaque jour représente un nouveau défi. Il n’y a pas deux courses semblables. Il n’y a pas deux saisons semblables. On change de motoriste, on fabrique de nouvelles pièces pour la voiture, c’est ce qui rend la F1 aussi excitante ».

« De plus, je dois m’occuper de faire voyager près de 100 personnes à chaque course, ce qui représente un défi colossal aujourd’hui. De plus, nous devons faire transporter 27 tonnes de matériel par avion, de même que deux conteneurs aux courses outre-mer, de même que quatre semi-remorques et sept camions pour notre bâtiment réceptif en Europe ! Ça n’arrête jamais, mais j’adore ça ! » de conclure Stanford.