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Jour 7 - 7 h
Vive le Cayenne!
Nous avons probablement réalisé pour la première fois aujourd'hui la sévérité des conditions avec lesquelles les gens qui vivent à l'extrême nord de l'oléoduc doivent composer.
Évidemment, quand on s'assoit au bar avec son portable, il y a de fortes chances qu'on entende des histoires intéressantes. J'ai parlé à une couple de camionneurs qui transportent des biens entre Fairbanks et le champ pétrolifère de Prudhoe Bay par l'autoroute Dalton, longue de 667 km. En quittant Coldfoot, nous nous approcherons du tronçon de route considéré comme le plus dangereux au monde. Ils l'appellent la « Haul Road » ou « Route des charges », et ils m'ont averti de conduire lentement et, surtout, de céder le passage à tout camion que je croiserais. Ils respectent un code digne du Far West ici; les camionneurs vous laisseront de la place, mais si vous les embêtez, tous leurs confrères que vous rencontrerez sur votre chemin l'auront su. La Haul Road est fortement rebattue, une épaisse couche de glace protégeant la toundra fragile des chaînes des camions. Il faudra y aller doucement avec nos pneus à neige.
Jour 7 - 9 h 30
Population : 21
À environ 80 km de Coldfoot, nous nous arrêtons à Wiseman, un petit village minier établi sur les berges de Slate Creek en 1919. Environ 21 âmes téméraires y vivent... il faut vraiment aimer la solitude pour survivre dans ce minuscule hameau. En partant, nous surprenons deux orignaux fourrageant aux abords du village. Ils sont énormes et ressemblent à d'immenses chevaux difformes.
Jour 7 - 11 h
Haul Road
Nous nous approchons de l'Atigun Pass. Rendue célèbre par l'émission Ice Road Truckers Reality Show, il s'agit d'une périlleuse route de glace vive qui coupe de biais la chaîne de montagnes, à une altitude de 1 444 mètres. La limite forestière s'est dissipée, et le paysage est sauvage, mais magnifique. Nous attendons derrière un camion remorque transportant une charge surdimensionnée, le temps que le conducteur mette les chaînes. Deux camionnettes diesel l'accompagnent, l'une à l'avant et l'autre à l'arrière, avertissant les véhicules approchant de sa charge imposante.
Notre convoi avance lentement et prudemment : ce n'est pas une route pour les démonstrations de bravade. La surface est polie par endroits, abîmée par d'autres, où les chaînes ont mordu profondément. Épousant la paroi d'une montagne haute de 2 440 mètres, nous montons lentement et avec précaution. Un camion nous passe occasionnellement dans un tourbillon de neige, de roche et de gravillon, comme un train de marchandises qui fonce inexorablement. Je suis accrochée à la fenêtre avec la caméra à la main, les larmes ruisselant sur mon visage assailli par le vent et la neige. La visibilité n'est pas extra, mais nous pouvons apercevoir les énormes pics qui se dressent autour de nous, nappés de brume. Je me sens quelque peu insignifiante devant cette énormité si ancienne.
Jour 7 - 15 h
On a survécu!
On n'a pas laissé notre peau dans l'Atigun Pass! On dirait un genre de rite de passage de la Frontière. Le paysage est devenu sinistrement austère, la neige formant des genres de sculptures extraterrestres. L'air est brumeux, et on se croirait sur un autre monde.
Kilomètre après kilomètre, la route n'est définie que par des marqueurs, une plateforme pétrolière apparaissant ici et là à travers la neige virevoltante, comme un monolithe préhistorique.
Jour 7 - 17 h
Nous avons enfin atteint le village du nom malheureux de Deadhorse. Le dernier arrêt avant le champ pétrolifère de Prudhoe Bay au bout de la Dalton Highway. Notre hôtel est un grand bunker perché sur six pattes d'acier à un peu plus d'un mètre du sol. Dans chaque direction, la toundra à perte de vue, et ici et là d'étranges groupes de machinerie agglutinée.
Je suis particulièrement éprise d'une rangée de camions chaussés de colossaux pneus cramponnés. Quand j'arrive pour les poser, un géologue m'explique qu'il s'agit de véhicules de mesure sismique qui pilonnent la terre et créent des ondes sonores. Ces ondes décrivent ce qui se trouve sous la toundra... à 11 km sous la surface!
Jour 7 - 19 h
Deadhorse Inn
Le souper est étonnamment délicieux : saumon laqué, côte de boeuf et leurs accompagnements. Le tout servi par un joyeux jeune homme de l'Oklahoma qui parle bien et qui habite désormais ici, offrant un accueil de calibre international au Deadhorse Inn. Justin nous dit qu'il n'y a qu'environ 20 résidents permanents ici et jusqu'à 5 000 occasionnels, en fonction de la production pétrolière. Prudhoe Bay recèle le plus important champ pétrolifère au monde, et seuls les employés autorisés y ont accès. L'été on offre des visites guidées de Deadhorse, et on peut obtenir un permis d'accès restreint à l'avance pour Prudhoe Bay. Derrière notre bunker s'étirent des rangées de roulottes presque ensevelies sous la neige. Justin nous explique qu'elles servent de logement pour les touristes l'été. Parmi eux, beaucoup d'environnementalistes. En effet, le milieu naturel est extrêmement fragile ici, et on fait tous les efforts pour ne pas endommager la toundra.
L'atmosphère a une qualité mystérieuse si loin au nord. Le soleil est nappé de brouillard le jour, et la lueur lugubre du ciel indigo filtre par ma fenêtre.






