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Jour 8 - 9 h 30
La remorque récalcitrante
Il fait mortellement froid ce matin, -40 degrés Celsius avec le vent. Il n'y a pas d'endroit plus éprouvant au monde pour tester un hybride par temps froid que cette pointe à l'extrême nord du continent. Mais le Cayenne hybride s'est réveillé de bonne humeur, et volontiers.
Nous avons décidé de tenter notre chance au poste de contrôle, mais les gardes sont restés, ahem, de glace. Nos copains italiens sont déçus, mais se contentent gaiement de photos de la pancarte de zone réservée et de l'immense étendue de toundra qui se perd dans la mer.
Nous faisons le plein (à 5,00 $ le gallon) et nous nous lançons une fois de plus à l'assaut de Haul Road. De minces flocons nous ballaient presque à la diagonale, et les camions remorques nous passent dans un tourbillon de neige. Il y a beaucoup de monde sur la route aujourd'hui, un camion passant aux 15 minutes environ. La visibilité est atroce, et les machines paraissent énormes lorsqu'elles surgissent de la pénombre.
J'avoue avoir des sueurs froides à l'idée de la meurtrière Atigun Pass qui nous attend, surtout vu que les freins de notre remorque lâchaient périodiquement et que celle-ci s'agitait nerveusement. Nous avançons à pas de tortue sur la route en lacet, à quelques dizaines de centimètres à peine du minuscule garde-fou qui nous sépare e de la falaise de 1 200 mètres.
Au bout, je pousse un soupire de soulagement.
Jour 8 - 13 h
Et les « pauses »?
Une fois l'Atigun Pass derrière nous, les arbres commencent à réapparaître, et nous foulons bientôt le bitume à nouveau.
Je sais qu'il y a une question qui vous chicote insupportablement, mais que vous êtres trop poli pour poser, et c'est à propos des « pauses toilettes ». Entre le cercle polaire et les abords de Coldfoot, on trouve une toilette sèche occasionnelle. Après, c'est la petite course et le dos tourné discrètement pour les gars.
Pour moi, le processus est quelque peu plus... élaboré. Sur la toundra glacée, il n'y aucun rocher ni buisson pour me cacher des yeux des camionneurs. En ouvrant les portières avant et arrière j'obtiens un genre d'abri improvisé, et mes compagnons de voyage ont la galanterie de regarder au loin pendant que j'invective contre la neige cinglante.
Quand on regagne la limite forestière, c'est le retour à la civilisation : remontant une pente à pic à vive allure, je peux m'accroupir derrière un buisson. À mi-chemin du sommet, toutefois, une croûte de neige plus mince qu'elle ne paraît s'effondre sous mon poids et je me retrouve dans la neige jusqu'aux cuisses, jurant comme un bûcheron et m'agrippant à un arbre frêle pour me sortir de là.
Complétant mon rituel aussi rapidement qu'humainement possible et « revigorée » par une poignée de neige rafraîchissante, je trébuche en bas de la pente, m'accrochant aux arbres sur mon passage, et rejoins enfin le confort douillet du Cayenne... au son du fou rire de mes compagnons. Bande de cons.
Jour 8 - 15 h
Une route exigeante
Si nous avons pensé nous la couler douce après la dangereuse Atigun Pass, ce ne fut que pendant un très bref instant.
La route se montre calme et plate tandis que nous redécouvrons la forêt, puis elle se transforme encore une fois en un sinueux ruban blanc balayé par le vent.
Lesley
Jour 8 - 17 h
De retour à Coldfoot
Le retour à Coldfoot nous a réconfortés après le paysage stérile et sans vie que nous venions de traverser. Couvert d'un manteau de neige poudreuse, le motel nous paraît chaleureux et invitant. Les camionneurs nous saluent; ils savent exactement ce que nous avons vécu.
Le Cayenne V6 fonctionne rondement. En maintenant le régime autour de 3000 tours/minute, le moteur ne surchauffe pas. Bien que nous n'utilisions pas les 7e et 8e rapports qui permettraient de sauver de l'essence, il consomme quand même à peine 10,4 L/100 km.
En discutant avec quelques camionneurs, je leur ai demandé si Atigun Pass finit par les ennuyer à la longue. L'expérience d'hier les a éprouvés eux aussi, ce qui me rassure un peu, et ils avouent que cette route exige une attention constante. Puis, je les ai écouté parler du salon « Ice Road Truckers » qui avait eu lieu quelques jours auparavant.
Dehors, je vois parmi la lignée de véhicules en marche de vieilles camionnettes supportant des chenils improvisés et des traîneaux à chiens. Puis, j'entends des cris plaintifs et j'aperçois des museaux noirs et froids contre la grille.
Je suis complètement vidée et je saute dans mon lit tout de suite après le souper. Malgré le froid dans la chambre et l'étroitesse de mon lit simple, je suis certaine de tomber en deux secondes dans les bras de Morphée.
Lesley






