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N'apprenons-nous qu'à coups de poing sur la gueule?

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Khatir Soltani
D'ailleurs, un des gags qu'on entendait à l'époque allait comme suit : Est-ce que les concessionnaires de ces autos (les Japonaises) fournissent l'ouvre-boîte afin qu'on puisse entrer dedans?

Puis un jour, mon cousin Marcel qui conduisait à l'époque une Ford Mustang, arriva au volant d'une Datsun 240Z! Ma cousine Johanne, de son côté, s'acheta une Volkswagen Rabbit! Crimes de lèse-majesté! Inutile de dire quelle fut la réaction de mes oncles. Entre les sarcasmes et l'impression qu'ils avaient trahi leur continent en achetant des voitures faites par des ennemis (n'oubliez pas que parmi la génération plus âgée, plusieurs étaient allés à la guerre et que c'était justement ces deux peuples qu'ils étaient allés combattre : Japonais et Allemands), ces aînés considéraient qu'ils avaient fait preuve d'un manque flagrant de jugement, de gratitude et de mémoire envers les efforts qu'eux, les plus vieux, avaient faits pour la génération suivante.

Eh oui... C'était là le discours qui dominait. Patriotique, parfois raciste, les grands bonzes de l'industrie automobile américaine, appuyés par les autorités gouvernementales et syndicales du Canada et des États-Unis allaient jouer cette carte à fond. Mais la brèche était ouverte... et elle ne se refermerait plus jamais.

Vive la mondialisation!

Dans les années 80, années où des compagnies comme GM firent des profits records, ils commencèrent à fermer des usines aux États-Unis... pendant qu'ils en ouvraient d'autres au Mexique. La stupeur initiale des citoyens, des consommateurs, mais surtout des employés a alors fait place à la colère.

«Comment?» De dire des millions d'Américains. «Après nous avoir demandé de baisser nos salaires (chez Chrysler spécialement), après nous avoir demandé d'être fidèle à la marque, après nous avoir demandé d'acheter patriotique, vous ne voulez pas augmenter ces salaires (encore chez Chrysler) maintenant que ça va mieux, et en plus vous allez transférer les emplois au sud?»

Inutile de dire que ces événements, s'ils n'ont pas été médiatisés comme nécessairement catastrophiques à l'époque (alors que je crois sincèrement qu'ils l'étaient) car justifiés dans les médias par la rationalité économique, les impératifs de bonne gestion, la vision à long terme sont aujourd'hui en train de leur rebondir en plein visage.

Les séquelles du passé

En 1973, les constructeurs américains avaient comme circonstances atténuantes l'effet de surprise. Maintenant, ils n'ont AUCUNE excuse.
  • Ils ont fait du lobbying contre les mesures visant à diminuer les gaz à effet de serre,
  • Ils ont lutté contre le protocole de Kyoto,
  • Ils ont aidé Georges W. Bush à se faire élire car effrayés qu'Al Gore, « l'environnementaliste », soit élu,
  • Ils ont accéléré la fabrication de véhicules énergivores, de gros SUV, de moteurs HEMI (sans commentaire...) et autres technologies antédiluviennes afin de faire le maximum de profits à court terme.
Je peux même vous confirmer qu'au lendemain de l'élection de M. Bush, il y a eu des coupures dans les programmes de recherche et développement dans les modes de propulsion alternatifs, que ce soit l'économie d'essence, les hybrides, les véhicules au gaz naturel, etc. Vont-ils tenter de refaire le coup du patriotisme?
Khatir Soltani
Khatir Soltani
Expert automobile
  • Plus de 8 ans d'expérience en tant qu’essayiste automobile
  • Plus de 50 essais réalisés au cours de la dernière année
  • Participation à des discussions avec la quasi-totalité des manufacturiers au Canada