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Souvenirs de mentorat

Souvenirs de mentorat

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Je passe plus de temps que je devrais sur le forum Grassroots Motorsports, une communauté de personnages – ingénieurs, monteurs de voitures, pilotes professionnels – unis par leur dévouement religieux à tout ce qui relève de l’automobile.

J’ai récemment lu avec grand intérêt un fil intitulé « Qui t’a aidé », où les membres ont partagé leurs tendres souvenirs d’après-midi passés à percer le mystère de la mécanique avec des profs infiniment patients.

Pour la majorité, il s’agissait de papa. Puisque le mien, un pilote de chasse décoré éduqué à Cambridge et qui avait déjà couru au volant de MG dans son Angleterre natal, nous a quittés juste avant mon septième anniversaire, ce rôle est revenu à mon grand frère.

En y repensant, il est évident que mon frère et ses muscle cars ont eu un profond impact sur moi. Ce n’est qu’aujourd’hui que je réalise ce qu’elles symbolisaient réellement : la liberté. Elles ne représentaient non seulement la puissance et la vitesse à l’état pur, mais également une façon de m’échapper de la tristesse inhérente à l’adolescence d’une jeune fille pottelée et coincée.

Phoro: David Newhardt/Ford

Mon frère, beau, intelligent et charmant, était mon idole. Le grondement d’un gros moteur et d’un échappement fuyant – généralement en état décrépit – annonçait son retour à la fin de la journée. Une Mustang Mach I effrontée drapée d’une robe vert forêt, clinquante avec ses deux bandes noires et sa croupe fastback plongeante à lamelles.

Un modèle de bravade, une Camaro RS avec une calandre noircie a passé comme un coup de vent dans nos vies, à coup de rots et de retours de flamme, une batailleuse cabossée, mais toujours culottée. Mais la voiture qui a conquis mon cœur était une insolente chamailleuse noire, une GTO 1972 avec un moteur HO 455, une boîte de vitesses Muncie et un levier Hurst.

Tout a été minutieusement démonté, les pièces nettoyées, polies et remplacées, au besoin. Au diable Ralph Nader : une Corvair bleu poudre asthmatique m’a offert des heures de bonheur, bricolant au son d’une trame signée CCR et Suite Judy Blue Eyes.

À mes yeux de pré-adolescente remplis d’adoration, tentant de comprendre le mystérieux casse-tête mécanique, de me rendre utile et, surtout, de ne pas être dans les jambes et risquer l’exil, ces machines représentaient tout ce que je n’étais pas et, mais souhaité désespérément être.

Elles faisaient partie du monde de mon frère, elles étaient puissance et vitesse, arrogamment rustres, mais sublimes… et pour une jeune fille gênée et grassette, elles incarnaient le mot « cool ».

Elles représentaient surtout un symbole et une raison de passer du temps avec mon frère, mais une passion automobile est née durant ces après-midi-là qui m’anime encore aujourd’hui. Les techniques rudimentaires que j’ai apprises à ses côtés ont évolué, et aujourd’hui je peux satisfaire tous les besoins d’entretien de ma petite flotte.

Même si je ne peaufinerai jamais les réglages d’un carburateur avec la finesse de grand-frère, je peux remplacer les bougies d’allumage d’un gros V8 et leur attirail sans bousiller l’ordre d’allumage et changer les capteurs d’oxygène (accompagné de tous les jurons appropriés), et une fois j’ai même reconstruit presque tout un Mopar 360 dans le vestibule à côté de la cuisine.

Je n’ai pas serré un boulon en compagnie de mon frère depuis des décennies. Mais le mois dernier, lui et sa fameuse « chèvre », la GTO de mes rêves mélancoliques d’adolescente, ont pris la route du chalet, pas trop loin au nord de chez moi. Dans les cartes : une restauration due depuis très longtemps. Mon coffre d’outils y sera.