Nissan a officiellement abandonné son projet ambitieux de transformer son usine d'assemblage du Mississippi en un pôle dédié aux véhicules électriques. Le constructeur japonais a informé hier ses fournisseurs américains qu'il annulait un investissement de 500 millions de dollars initialement destiné à introduire la production de véhicules purement électriques à l'usine de Canton.
Cette décision représente un revirement complet par rapport à la stratégie dévoilée en 2021, qui visait à réoutiller l'usine de 4,7 millions de pieds carrés pour l'assemblage de deux nouveaux VUS électriques et de blocs de batteries pour les marques Nissan et Infiniti. À l'époque, Nissan s'était fixé un objectif agressif de vendre 200 000 VÉ par an aux États-Unis d'ici 2028.
Ces plans ont maintenant été mis au placard au profit d'un retour à une approche plus traditionnelle centrée sur les utilitaires à essence et hybrides.
Changement de marché et réalité économique
Le retrait de Nissan n'est pas une surprise, car il survient dans un climat difficile pour les véhicules électriques chez nos voisins du sud. En février 2026, les ventes de véhicules électriques aux États-Unis ont chuté de 37 %, tandis que la part de marché du VÉ est tombée sous la barre des 5 %. Ce refroidissement de la demande est attribué à une combinaison de coûts de production élevés et à l'élimination du crédit d'impôt fédéral de 7500 $ par l'actuelle administration Trump.
La propre performance de Nissan dans le domaine électrique a reflété ces tendances lourdes. Le multisegment Ariya, autrefois le fleuron de l'avenir électrique de la marque, est presque non rentable en raison des tarifs d'importation de 15 % et sa commercialisation aux États-Unis devrait cesser plus tard cette année.
Toutefois, la volatilité de l'industrie automobile est telle de nos jours que la récente flambée des prix de l'essence, provoquée par les actions américaines contre l'Iran, a commencé à ramener l'attention des consommateurs vers les VÉ. Nissan, à l'instar d'autres constructeurs réagissant aux vents changeants, risque de virer de bord au mauvais moment. En retard d’un changement de vent, pour ainsi dire.

Le retour de l’Xterra
La nouvelle direction stratégique de l'usine de Canton se concentre sur une plateforme polyvalente sur cadre (châssis en échelle) qui servira de base à au moins cinq modèles différents. La pièce maîtresse de ce pivot est la renaissance du Nissan Xterra, un VUS robuste que son fabricant promet d'être à la fois abordable et prêt à être lancé fin 2028.
Voici une autre chose que Nissan promet pour l’Xterra : une option hybride. Car si l'annonce de cette semaine sonne le glas des véhicules électriques à batterie de Nissan en Amérique du Nord, du moins à court terme, cela ne signifie pas que le constructeur abandonne entièrement l'électrification. Le nouvel Xterra et ses cousins de plateforme — incluant une camionnette Frontier redessinée et un nouveau VUS à trois rangées — proposeront à la fois des moteurs V6 essence conventionnels et des motorisations hybrides. Cela augmentera les coûts, ce qui n'est certainement pas ce que Nissan souhaite actuellement. Cependant, en partageant jusqu'à 70 % des composants entre ces modèles, l'entreprise prévoit réduire considérablement ses coûts de production.
Une voie vers la reprise
À court et moyen terme, ce virage est le dernier d'une série d'actes de stabilisation financière pour Nissan, qui vise à atteindre un million de ventes annuelles en Amérique du Nord d'ici le début de 2031. En misant sur la production locale de modèles basés sur des camions, qui trouvent historiquement un écho auprès des goûts nord-américains, la marque espère consolider ses finances fragiles avant de revisiter des objectifs électriques plus ambitieux à l'avenir.
La question sera alors de savoir si Nissan aura pris du retard sur les autres constructeurs qui ont gardé le cap sur l'électrification totale. L'avenir nous le dira.




